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Les participants au séminaire
de Michel Fennetaux ont souhaité que soit donnée
une large publicité à mon intervention pour étayer
la lutte qui s'ouvre contre le comportementalisme.
je souhaiterais pour
ma part ouvrir un large débat sur ce thème et
constituer un réseau de personnes qui s'attacheraient
à faire un travail critique du comportementalisme répartis
sur toute le france et qui mettraient leur travail en commun
à un moment ou un autre.
Jean-François Coudurier
commentaire de
michel fennetaux ci dessous
Cher(e) ami(e),
Vous trouverez ci-joint
le travail que Jean François Coudurier (Aix en provence)
a soutenu hier dans le cadre de mon séminaire "parole"/"génocide".
Au cours de la discussion
qui a suivi, il est apparu que les participants (psy en grande
majorité), y trouvaient des réponses ou des arguments
que la pétition en cours de circulation (Zéro
de conduite.....) ne fournissent pas, si bien qu'ils ont décidé
de mettre ce texte à la disposition de nos collègues
et du "public"
Devant la gravité
de la situation, que proposez vous ?
Jean Francois Coudurier
propose dans un tout premier temps Que se constitue un groupe
pour approfondir la critique épistémologique qu'il
a initié.
Prendre
contact avec lui
(jf.coudurier@wanadoo.fr)
Michel Fenneteaux
Le 25 février 2006 :
Le " je " du pas de l'oie, ou
le sujet sur mesure
par Jean François Coudurier
Argument
"Le nazisme et le
comportementalisme ont en commun d'être des socio-biologies.
Pour être dénié, le sujet (individuel) se
trouve, dans le comportementalisme, déjeté du
coté d'une collection hétéroclite et étrange
dont " LE trouble des conduites " est le paradigme
et dont l'aboutissement ne peut être que l'utopie totalitaire
décrite par Skinner dans " Walden 2 ", lequel
Skinner rejette explicitement toute psychologie qui ferait appel
aux représentations ( conscientes ou inconscientes) pour
rechercher les origines des conduites dans l'équipement
génétique, et l'environnement physique et social
dans lequel vivent les gens.
Du coté du mythe nazi, le sujet n'a d'existence que dans
un " nous " (volk) qu'illustre la critique heideggerienne
du cogito à laquelle il entend substituer la pensée
de l'existence comme être au monde et être en commun.
Nazisme et comportementalisme
ont encore en commun ceci : d'être des nov-langues.
Nouvelles nominations dans le comportementalisme, qui ne font
que reprendre des descriptions classiques, mais permettent une
appropriation et un escamotage du sujet ( aussi bien freudien
que cartésien)
Nov-langue nazie admirablement décrite par V. Klemperer
dans sa LTI, mais que nous tenterons de débusquer chez
Heidegger.(avec Adorno)
Nous n'entendons pas faire d'amalgame rapide, mais montrer que
le comportementalisme porte les germes d'un sujet totalitaire."
Intervention
SKINNER ET LE COMPORTEMENTALISME
Je vais tenter de faire ici une lecture en parallèle
de deux ouvrages de Skinner
" Par delà la liberté et la
dignité "
( ce qui est déjà tout un programme)
et " Walden 2 " qui est censé décrire
la communauté utopique qui résulterait de l'application
des idées développées dans le premier livre
cité.
Le credo fondamental de Skinner et du comportementalisme
est exposé dès le début (p25&26) de
" par delà la liberté et la dignité
"
Je cite " La tâche d'une analyse scientifique
est d'expliquer comment le comportement d'une personne en tant
que système physique est relié aux conditions
dans lesquelles l'espèce humaine a évolué
et aux conditions dans lesquelles vit l'individu "
Il y aurait déjà beaucoup à
dire sur la manière dont Skinner délimite à
priori son objet. Je dirais pour l'heure, dont il LIMITE très
étroitement ses possibilités d'investigation,
limitations qui a elles seules font peser un lourd soupçon
sur la " scientificité " de sa démarche
en dépit des incantations auto persuasives de son appel
à la " science ".
Il poursuit " Nous pouvons suivre la route prise par la
physique et la biologie en abordant directement la relation
entre le comportement et l'environnement et en" négligeant
les états mentaux qui servent soit disant d'intermédiaires
"
" La physique n' a pas progressé en se penchant
de plus près sur la jubilation des corps dans leur chute,
ni la biologie en examinant la nature des " esprits vitaux
".
Nous n'avons pas besoin de découvrir ce que sont vraiment
les personnalités, les états d'esprit, les sentiments,
les traits de caractère, les plans, projets, intentions
et autres attirails de l'homme autonome pour mener à
bien une étude scientifique du comportement "
( voyez l'invocation incantatoire du terme "
scientifique ", dont Skinner a besoin pour se convaincre,
car la science la plus élémentaire aurait pu lui
faire observer que la " jubilation des corps dans leur
chute " ne peut avoir la moindre signification que si ces
corps parlent, et qu'alors rien ne permet d écarter le
fait de parler, de l'observation .
Il est évident que si la chute des corps
n' a rien à voir avec le fait qu'ils parlent éventuellement,
(encore que ..)leur jubilation elle, a le plus grand rapport.
" L'homme intérieur a été
crée à l'image de l'homme extérieur "
Postulat péremptoire, bien loin en dépit des apparences
du discours du Poète " Je est un Autre "
Le " a été crée "
postule qu'il s'agit d'un artéfact crée de toute
pièce par les défenseurs de la liberté
et de la dignité.
Skinner d'ailleurs dénonce sans cesse dans
son livre, non pas la liberté et la dignité, dont
on comprend bien pourtant qu'il s'en passe au même titre
que des états mentaux, mais plus perversement "
la littérature de la liberté et de la dignité
", laissant entendre là aussi qu'elle est un artéfact
susceptible de perturber l'observation prétendument "
scientifique ".Ce qu'il finira d'ailleurs par dire explicitement.
Je vous donne un aperçu de la manière
dont Skinner pose des affirmations qu'il n'argumente jamais.
" Il est clair aujourd'hui que nous devons
tenir compte de l'action de l'environnement sur l'organisme,
non seulement avant, mais après que celui-ci réagisse.
Le comportement est façonné et maintenu
par ses conséquences.
Une fois ce fait reconnu, nous pouvons formuler
l'interaction entre l'organisme et l'environnement d'une manière
beaucoup plus féconde.
Deux conséquences importantes découlent
de cette approche.
L'une concerne l'analyse fondamentale. Le comportement qui agit
sur l'environnement pour produire certaines conséquences(
le comportement " opérant ") peut être
étudié en aménageant des environnements
tels, que des conséquences spécifiques dépendent
des comportements de l'organisme.
Or dit il , les contingences soumises à
l'investigation sont rapidement devenues de plus en plus complexes,
et l'une après l'autre, elles prennent la relève
des fonctions explicatives jadis attribuées aux personnalités,
états mentaux, sentiments, traits de caractère,
buts et intentions.
" Le second résultat est d'ordre pratique
: l'environnement peut être manipulé.
Il est vrai que l'équipement génétique
de l'homme ne peut être changé que très
lentement, mais des modifications dans l'environnement de l'individu
ont des effets rapides et spectaculaires.
La technologie du conditionnement " opérant "
est, comme nous le verrons déjà très avancée,
et peut être se révèlera t- elle à
la mesure de nos problèmes " (p30)
Comme vous pouvez vous en rendre compte, ces réflexions
sont vides de tout contenu scientifique et Skinner n'esquisse
pas même les contours généraux d'une science
du comportement humain, ni ici ni ailleurs.
Il nous assure que la science du comportement
avance à grand pas et qu'il existe une technique de contrôle
opérationnelle.
" Il est établi dit il que tout contrôle est
exercé par l'environnement " ( sans nous en donner
le moindre début de preuve , ce qui d'ailleurs ne serait
pas fait pour nous rassurer).
" Lorsqu'il nous semble ajoute t il que nous laissons le
contrôle à une personne,( sous entendu, et non
à l'environnement) nous changeons simplement de mode
de contrôle "
Le seul travail sérieux consiste alors
à imaginer des contrôles moins " répugnants
" et plus efficaces, bref un problème d'ingénierie.
" Les lignes directrices d'une technique
sont désormais claires, nous disposons des techniques
physiques, biologiques et comportementales nécessaires
pour nous sauver nous-mêmes ".
( Il faut vraiment un don de seconde vue pour
déceler dans ce charabia la moindre trace de scientificité.)
En repoussant l' étude des " prétendus
états mentaux "Skinner révèle son
hostilité à la nature même de la recherche
scientifique.
Par exemple Skinner croit que la théorie de l'information
fut mise en échec dit il " lorsqu'on du inventer
un ordinateur interne pour convertir l'input en output "
C'est là une étrange manière de décrire
le problème.
Supposons que l'on présente à un
ingénieur une machine dont il ne connaît pas le
fonctionnement, et supposons que grâce à des expériences
il puisse obtenir des informations sur les relations d'input-
output de cette machine. Alors il n'hésiterait pas à
élaborer une théorie sur les états internes
de cette machine et de les mettre à l'épreuve,
et sa théorie des états internes pourrait bien
être le seul guide pour ses recherches ultérieures.
En écartant à priori cette stratégie
de recherche, Skinner condamne son étrange science du
comportement à être erronée en balayant
des données qui NE PEUVENT être écartées
à priori de l'observation.
Nous ne pouvons pas dire , à priori quels postulats et
quelles hypothèses sont légitimes.
Les à priori de Skinner sur ce point ne sont pas plus
valables que l' affirmation :
" La physique classique n'est pas une science parce qu'elle
fait référence à la force de gravité
occulte ".
Si un concept ou un principe trouve sa place dans une théorie
explicative, il ne peut être écarté sur
des bases méthodologiques, comme le suggère Skinner
à plusieurs reprises.
Non seulement ses suppositions méthodologiques à
priori vont à l'encontre des théories scientifiques
les plus triviales, mais il va jusqu'à prononcer d étranges
conclusions comme : " Les lois de la science sont des descriptions
des contingences de renforcement "
D' après Skinner, mise a part la composante
génétique, le comportement est entièrement
déterminé par le renforcement.
" L'approbation et l'affection " sont
des renforcements, mais Skinner évite toujours de caractériser
les " stimuli " qui constituent " l'affection
et l'approbation. " On est toujours étonné
de l'incroyable naïveté à moins que ce ne
soit la canaillerie qui entoure la définition de "
faits " réputés scientifiques chez les comportementalistes
. (Nous verrons çà également dans le DSM
")
Skinner croit se tirer d'affaire avec des concepts de stimuli
si peu " scientifiquement définis " que sont
" l' affection et l'approbation " en affirmant "
le monde verbal ne peut combiner les contingences subtiles nécessaires
pour enseigner des distinctions fines parmi les stimuli qui
lui sont inaccessibles "
Qu'on se le dise ! mais lui-même ne nous dit rien loin
s' en faut des " distinctions fines parmi les stimuli ".
Si on examine plus attentivement ce que Skinner
veut dire quand il affirme que tout comportement est contrôlé
de l' extérieur et qu'il dépend des conditions
génétiques et environnementales.
Que veut il dire ? qu'une connaissance exhaustive de ces conditions
permettrait, en principe, de faire des prédictions spécifiques
des actes de la personne ?
Sûrement pas.
Skinner veut dire que les conditions génétiques
et environnementales déterminent une " probabilité
de réponse ".Mais il est si vague sur ce sujet qu'il
est difficile de se rendre compte si ses affirmations sur le
déterminisme vont un peu plus loin.
Personne ne mettra en doute que la probabilité que j'aille
à la plage dépende de la température, ni
que je prononce une phrase en français plutôt qu'en
chinois soit " déterminée " par mon
expérience antérieure, ni encore que la probabilité
que je produise une phrase en langage humain plutôt qu'
en n'importe quel autre système imaginable mais humainement
inaccessible, soit " déterminé " par
mon code génétique.
Nous n'avons pas besoin d'une science comportementale pour aboutir
à ces conclusions.
En revanche dès que nous pensons à des prédictions
plus spécifiques, nous ne trouvons pratiquement rien
chez Skinner.
Pire, nous découvrons que Skinner, par ses limitations
à priori sur la recherche scientifique, s'est privé
lui-même des moyens de formuler des concepts pertinents,
à fortiori de les étudier.
Quand les affirmations dites " scientifiques
" de Skinner s'interprètent mot à mot, elles
sont clairement erronées, quand elles sont interprétées
dans leurs sens vague et métaphorique, elles ne sont
que de pâles copies de l'usage ordinaire, des trivialités.
La " persuasion " est une méthode
de contrôle , nous dit- -il.
Si toutefois pour persuader, il s'agissait seulement d'indiquer
les stimuli de renforcement, n'importe quel argument persuasif
conserverait sa valeur, même si les étapes étaient
changées au hasard, ou si certaines d'entre elles étaient
remplacées par des descriptions arbitraires de stimuli
de renforcement.
C' est absurde , bien entendu.
Pour qu'un argument soit persuasif, du moins pour une pensée
rationnelle, il doit être cohérent ; ses conclusions
doivent être la conséquence de ses fondements.
Mais ces notions se situent bien au-delà des possibilités
de la science de Skinner, lorsqu'il affirme que " la déduction
de nouvelles raisons à partir d'anciennes dépend
" simplement d'une histoire verbale beaucoup plus longue
".
Dans un des rares moments où Skinner tente
de composer avec ce qu'il appelle avec mépris "
la littérature de la liberté et de la dignité
" qui fait elle, la distinction entre la persuasion et
certaines formes de contrôle, Skinner répond que
la persuasion est une forme faible de contrôle et qu'en
utilisant de faibles formes de contrôles, nous ne faisons
que déplacer le contrôle vers d'autres conditions
environnementales, et non plus vers la personne elle-même
"
On se prend à rêver d'un peu plus
de hauteur quand Skinner aborde la question de l'évolution
culturelle .
On y apprend par exemple que " l'allergie alimentaire d'un
dirigeant puissant peut conduire à une loi d'interdiction
diététique, une particularité sexuelle
à une coutume de mariage, le caractère d'un terrain
à une stratégie militaire "(p 159)
Voila de quoi révolutionner notre conception de l' histoire.
Mais il passe vite à " la planification d'une culture
". Nous retrouvons là nos préoccupations
concernant le fascisme.
" Le problème de la conception d'une
culture( et Walden 2 est le type même de la conception
d'une culture par un seul) est de rendre l'environnement social
aussi libre que possible des stimuli répulsif. Pour rendre
la vie moins punitive et par la même occasion, libérer
du temps et de l'énergie pour des activités plus
stimulantes que la production d'inutiles efforts dans le but
d'éviter une punition. C'est un problème d'ingénierie
et nous pourrions le résoudre si seulement nous étions
capables de surmonter la part irrationnelle de la liberté
et de la dignité. "
" Ce qu'il nous faut , c'est une utilisation
plus efficace de la technique disponible, des contrôles
meilleurs et plus nombreux.
De fait on dispose d'une technique du comportement
qui réduirait avec plus de réussite les conséquences
négatives d'un comportement, immédiates ou différées,
et maximaliserait les réalisations dont l'organisme humain
est capable. Mais les défenseurs de la liberté
s'opposent à son utilisation et contribuent ainsi au
malaise social et à la souffrance humaine. "
Je suppose que vous avez déjà la
nausée, mais Skinner ne s'arrête pas là.
Il pense que le contrôle d'une population dans son ensemble
doit être confié à des spécialistes
; à la police, aux propriétaires, professeurs
thérapeutes etc
munis de leurs renforcements spécialisés
et de leurs contingences codifiées.
LE contrôleur et LE concepteur d'une culture
doivent être des membres du groupe contrôlé
" Quand la technique de comportement est appliquée
à la conception d'une culture, la survie d'une culture
opère comme une valeur. Si notre culture continue à
prendre comme valeur essentielle, la liberté et la dignité,
plutôt que sa propre survie, alors il est possible qu'une
autre culture apporte une contribution plus importante aux temps
futurs. "
Voilà comme vous pouvez le constater qui
ne le cède en rien à la " Weltanschauung
" national socialiste.
" Par delà la liberté et la
dignité " est paru en 1971, autant dire l'antiquité
étant donné la vitesse à laquelle évolue
la science, et donc la pseudo science comportementaliste.
Mais en 2004, plus prés de nous, Alexandre
Dorna, professeur de psychologie sociale et politique de l'université
de Caen, préfaçant une nouvelle édition
de " walden2 " écrit :
" La psychologie sociale, autant que les sciences politiques
et la sociologie, furent jadis confrontés nolens volens
, aux rêves de changement de société, mais
progressivement ,les recherches ont abandonné, sous l'emprise
des approches fonctionnalistes et cognitivistes, les études
empiriques et l'expérimentation de laboratoire, dont
la beauté formelle est parfois grande, mais faite au
détriment de l'observation directe de la réalité
et de l'expérimentation sociale comportementale.
Le résultat est paradoxal :La foret des micro théories
issues des laboratoires nous empêche de voir les arbres
de la réalité .et les vrais problèmes sont
remplacés par des questions virtuelles.
Ainsi le fossé entre les objectifs de la recherche et
les questions concrètes qui se posent à tous est
en train de se creuser encore davantage.
De fait , l'insoutenable perplexité théorique
se transforme en théories compliquées qui se réfugient
sous le parasol des hypothèses de la complexité.
(il semble que les comportementalistes soient dans le pétrin)
C'est alors que réexaminer, voire réhabiliter,
les pensées(celle de Skinner en étant une) mise
au placard ou à l'index, remplit non seulement un devoir
de mémoire et de culture, mais une possibilité
que leurs germes ré-introduisent une pensée critique
riche
"
" L'insoutenable perplexité théorique "
ne semble pas avoir atteint les auteurs du trop fameux rapport
de l'inserm sur " le trouble des conduites "
dans lequel on passe sans sourciller :
Du " Premier repérage à 36 mois d'un tempérament
difficile, d'une hyper-activité et des premiers symptômes
du trouble des conduites " à " la prévalence
du trouble des conduites très élevé en
population délinquante " puis à " Il
est prédictif d'une initiation précoce au cannabis
en particulier chez les filles " et enfin " Le groupe
d'expert recommande de favoriser les interventions dans les
familles à risque, en particulier chez les jeunes mères
primipares à faible niveau d'éducation et en situation
de précarité ".
Je voudrais m'attarder un peu sur la description
DU " trouble des conduites " , dans le DSM que le
rapport de l'inserm reprend tel que et qui réunit dans
un amas hétéroclite ce que nous appelons "
troubles du comportement " ( au pluriel)
La supercherie tient ici au singulier :
LE trouble des conduites, posant que cet ensemble forme un tout
dont on pourrait décrire ensuite les " troubles
associés ", alors qu'il se pourrait bien que ce
soient les troubles dits " associé " qui soient
les troubles types et les troubles " types " qui soient
les troubles associés.
On le voit , les comportementalistes refusent l' entêtement
des " faits " (puisqu'on nous dit que les faits sont
têtus " à ne pas vouloir être des "
données " premières qui échapperaient
au découpage du signifiant.
Le DSM a donné dans sa préface une
vertueuse définition du trouble mental :
" Ni un comportement déviant ( politique, religieux,
sexuel) ni des conflits existant essentiellement entre l'individu
et la société ne sont des troubles mentaux "
Et pourtant( p 110 du DSM IV -TR)on trouve ceci
" La caractéristique essentielle du
trouble des conduites est un ensemble de conduites répétitives
et persistantes, dans lequel sont bafoués les droits
fondamentaux d'autrui, les normes et les règles sociales
correspondant à l'age du sujet "
Je ne vais pas parcourir la totalité des caractéristiques
diagnostiques DU " trouble des conduites "
Je voudrais simplement souligner deux points :
-Elles font appel aux normes les plus moralisatrices
-le repérage des symptômes se fait en fonction
de l'objet, toute " intériorité " ,
comme nous l'avons vu chez Skinner , étant écartée.
Je lis :
"Les enfants ou adolescents ayant un trouble des conduites
déclenchent souvent les hostilités ou réagissent
agressivement envers les autres. "
" ils peuvent se montrer menaçants ou avoir des
comportements d'intimidation "( critère A1)
" Ils peuvent commencer des bagarres " (critère
A2)
" Utiliser une arme susceptible de blesser sérieusement
"
( par ex un bâton, une brique, une bouteille cassée,
un couteau, une arme a feu "(critère A3)
" Faire preuve de cruauté physique
envers des personnes " (critère A4) " ou des
animaux "( critère A5)
" Commettre un vol en affrontant la victime, vol de sac
à main, extorsion d'argent, vol à main armée
"(critère A6)
" ou contraindre quelqu'un à avoir des relations
sexuelles " (critère A7)
" La violence physique peut aller jusqu'au viol "
Il faudra qu'on m'explique la différence entre "
viol " et " contraindre quelqu'un à avoir des
relations sexuelles " mais il faut laisser du travail aux
avocats.( à moins qu'il ne faille nommer différemment
le viol d'une noire par un blanc et le viol d'une blanche par
un noir, ce qui aux USA n' est pas la même chose.)
" Un autre trait caractéristique du
trouble, est la destruction délibérée de
biens appartenant à autrui ; il peut s'agir d'un incendie
volontaire avec intention de provoquer des dégâts
importants "(critère A8)
" ou de la destruction délibérée du
bien d'autrui par d'autres moyens.(par exemple briser des carreaux
d'une voiture, commettre des actes de vandalisme à l'école
"(critère A9)
" Les actes frauduleux ou les vols possibles, comprennent
par exemple le fait de pénétrer par effraction
dans une maison, un bâtiment ou une voiture appartenant
à autrui " (critère A10)
" Le fait de mentir ou de trahir des promesses
afin d'obtenir des biens, des faveurs, ou pour échapper
à des dettes ou à des obligations( par exemple
" arnaquer " les autres "(critère A11)
" De voler des objets d'une certaine valeur sans affronter
la victime( par ex vol à l'étalage, contrefaçon)
" (critère A 12)
" On peut observer aussi des violations graves de règles
établies( par exemples règles scolaires ou parentales)
:Les enfants peuvent rester dehors tard dans la nuit en dépit
des interdictions de leurs parents, avant l'age de 13ans "(critère
A 13)
Je m'arrête ici tant je suis accablé.
On a plus le sentiment d'assister à la
rédaction du code pénal délimitant les
fautes répréhensibles, qu'a celle d'un manuel
de psychiatrie.
Où l'on voit bien que ce qui définit ici le symptôme,
ce n'est pas la position subjective, l' état d'esprit,
l'attitude mentale, la représentation, l'intériorité,
appelez ça comme vous voudrez.
Ce qui définit le symptôme est l'objet atteint
ou l'objet utilisé.
L'extorsion d'argent appartient au critère A6,
Mais, " mentir ou trahir des promesses pour obtenir des
biens " au critère A11.
Et si les objets ont une certaine valeur, alors
on passe au critère A 12( il ne faut pas tout confondre
!)
Nous avons déjà vu que " viol " et "
contraindre quelqu'un à avoir des relations sexuelles
" n'appartiennent pas au même critère.
Nous sommes ici évidemment très
loin du " tout pour l' Objet "( écrit avec
un grand O) de Freud.
Ici , c'est : " tout pour les objets ", comme s'il
y avait là le moindre début de commencement "
d'objectivité scientifique "
Autant d'objets( écrit avec un petit o évidemment
) autant d'attitudes mentales. De sorte que le raptus qui fait
que le schizophrène vole une pomme, sera mis à
la même enseigne que le vol d'une pomme par un homme affamé.
Le dernier chapitre du DSM ou " annexe I
"est, je cite une " esquisse de formulation en fonction
de la culture " où on nous explique, en six lignes
exactement, qu'il ne faut pas confondre le " spell "
état de transe que l'on rencontre chez les américains
d'origine africaine et européenne (sic) du sud des Etats-Unis,
avec les autres convulsions.
Merci !
(bienheureux américano-asiatiques qui échapperont
à notre confusion mentale)
On peut s étonner de ne pas trouver dans ce chapitre
des manifestations exotiques, la description elle-même
du " trouble des conduites "
C'est que les auteurs( américains) ne peuvent reconnaître
là leur propre société tant ils sont convaincus
de l'universalité de leurs descriptions.
Pourtant tout y est : fascination de l' objet, valeur marchande
de l'objet, équivalence de l'extériorité
et de l'intériorité,et même ; absence d'intériorité.
Equivalence qui n'est pas, loin s' en faut, le
" nous " de l'idéal, et encore moins l' Autre
de Lacan.
On y trouve la normativité la plus étroite où
la pathologie se mesure à l'aune de la valeur du bien
détruit.
Bref, ne confondons pas la transe du " spell " avec
l'épilepsie, mais sachons qu'il existe une téléologie
secrète entre l'objet et le moi ( ou plutôt le
" système physique " , pour parler comme Skinner)
qui tient lieu de désir.
Comme il est tout de même difficile, dans
un manuel de psychiatrie d évacuer l'intériorité
avec autant de désinvolture, elle revient, quelques pages
plus loin, sous une forme qui en dit long sur la conception
des auteurs, cela s'appelle :
" Caractéristiques et troubles mentaux associés
"
Où l'on voit que tout ce qui est du registre de l'intériorité,
comme je l'ai déjà souligné, n' a de statut
qu'associé.
N'impliquant pas qu'il appartienne à un
ensemble qu'on pourrait appeler " syndrome ", aucune
classification dans la classification qui indiquerait des points
organisateurs, une structure, mais un bric à brac de
conduites dont rien, si ce n' est le discours péremptoire
des auteurs, n'indique, qu'elles ont entre elles le moindre
lien. (voir p 104 du DSM)
Nous en arrivons donc à ce sur quoi je
voudrais conclure.
Cette inversion du rapport " type "
" associé " constitue un discours performatif
( qui fait exister les choses en les nommant) puisque son premier
effet est de promouvoir au rang de " type " le comportement
et de reléguer au rang d " associé "
l'intériorité. Evidemment sans le dire et sans
avoir à le justifier.
Je ne peux que renvoyer ici à mon premier
travail sur le DSM, il fourmille d'exemples de ce type.
Skinner ayant écrit un livre sur "
le comportement verbal " hélas non publié
en français,
S'est attiré les foudres de Noam Chomsky, dans un livre
non publié en français non plus, dont je n'ai
donc pu lire que de courts extraits.
J'en ai néanmoins retenu que ce que Chomsky
reproche à Skinner, c'est de confondre science et terminologie.
Terminologie qui dit il ne permet pas de distinguer un pigeon
d'un Poète et convient tout autant à l'anarchiste
qu'au nazi.
JF. COUDURIER, Peynier le 20 février 2006
Courriel de Jacques Broda
:
"Ce qui me frappe dans le rapport de l'INSERM,
hormis tout ce que l'on peut en contester à juste titre,
c'est la méthode et les paradigmes.
La méthode, qui n'est pas une enquête mais une
compilation d'enquêtes, d'articles, de rapports qui vont
tous dans le même sens, et posent le même regard,
sur les mêmes populations, en gros, les pauvres, les immigrés,
ce que l'on dit les exclus, populations sans cesse stigmatisées,
évaluées, pénalisées, mais rarement
entendues, comprises pour ce qu'elles sont dans leurs réalités,
leurs contradictions, leurs valeurs, leurs réels, mille
fois plus complexes que les comportements visibles évalués.
Plus au fond, c'est la misère qu'il faut supprimer et
pas seulement pour des raisons de déviances, de violences,
ou tout autre normalisation, mais pour des raisons d'éthiques,
de justice et d'à-venir.
La chose est bien plus grave qu'il n'y paraît, et sans
transformation radicale des rapports sociaux, je ne vois pas
comment des comportements issus de la misère, du manque,
pourrait changer, fut-ce par le travail éducatif ou thérapeutique.
Il y a quelque chose que l'on sait mais que l'on ne veut pas
savoir, ce sont les dominations financières qui écrasent
la planète entière, y compris le gamin de trois
ans qui ne plus à quel saint se vouer. Cette question
est taboue, pourtant elle est soulevée par bien des populations
dans le monde. On pourrait souhaiter que les psychologues et
les sociologues s'y rallient autrement que d'un point de vue
strictement disciplinaire (ce qui n'est déjà pas
mal), mais dans une éthique politique. C'est-à-dire
dans la remise en cause de toutes les dominations, y compris
celle du discours scientifique qui n'est pas la science.
Autrement, il n'y a pas de solutions réelles, profondes,
à long terme.
Que les enfants, les jeunes, subissent de plein fouet la crise
de civilisation c'est le prix payé des rapports sociaux
basés sur la violence, l'argent, et l'exploitation. Je
suis stupéfait du silence de l'étude de l'INSERM
sur ce qui pourrait éradiquer les causes et les effets
de la misère matérielle, culturelle et politique
qui touche toutes les catégories de la population.
"L'essence humaine dans sa réalité, c'est
l'ensemble des rapports sociaux", l'illusion de son déni
a un avenir."