INFOS D'UTOPSY
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Antoine Machto
Colloque d’Utopsy 14 mars 2009
Forum de la Nuit Sécuritaire.
Bonjour, la lourde tache de porter la parole du collectif des 39 m’est aujourd’hui confiée
Par les temps qui courent, et le silence que l’on veut faire régner,
Il n’est pas rien d’élever la voix,
Je vous présente donc aujourd’hui le mouvement du collectif des 39, le mouvement de la nuit sécuritaire,
La pensée qui l’anime,
Les actions qu’il conduit et encourage.
Certains ne nous connaissent pas,
Certains n’ont pas entendu parler de la nuit d’Anthony,
Cette nuit sécuritaire tombée sur la psychiatrie le 2 décembre 2008
Ce jour, le président de la république est entré dans un hôpital psychiatrique
Ce qu’aucun de ces prédécesseurs n’avait fait,
Ce jour-là, l’hôpital psychiatrique s’est transformé en prison,
Ce jour-là, par la violence de sa parole, le président a sorti des dizaines de milliers de professionnels, de patients et de familles de la torpeur dans laquelle ils se trouvaient depuis plus de 20 ans
Depuis le 2 décembre 2008, des dizaines de milliers d’être humains, de citoyens Français sont rentrés en résistance
Depuis le 2 décembre 2008, les appels à résister reçoivent un soutien large et massif,
Déjà depuis 2 ans, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté leur désapprobation en signant les pétitions « pas de zéro de conduite », « non à la perpétuité sur ordonnance» ….
Les professionnelles de tous les horizons ont mis leurs différences de côté,
Ils sont venus en masse à chaque meeting, chaque manifestation,
Ils sont venus avec leur colère, leur rage, avec leurs tripes !
Je crois qu’il est essentiel de souligner la présence parmi les professionnels, lors de ces grands rendez-vous, de ces patients, ces hommes et ces femmes taxés de dangerosité.
Cette réaction spontanée se nourrit de l’urgence de la situation,
Ça n’est pas un parti politique ni un syndicat ni même une association qui dirige nos pas,
Nous sommes libres,
Libres d’être ici aujourd’hui,
Libres de penser, d’écouter, de créer et de rire avec ceux que nous rencontrons,
Car ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des êtres humains
Leur délire, leur folie privée ou publique ne leur a pas soustrait leur humanité
Avez-vous vu ces visages,
Entendu ces chants le 29 janvier, place de l’opéra ?
Avez-vous vu ce soulèvement collectif dans cette première manifestation ?
Ouvrez-les yeux, dressez l’oreille, car si c’est un rêve,
Un délire, diront peut-être les gestionnaires de la politique de la peur et leur pantin,
Nous voilà rentrés dans une maladie chronique :
L’appel des appels, la politique de la peur, Le collectif des 39 ont successivement rencontré un soutien massif lors de leur meeting
Nous étions 1789 ici même, à la maison de l’arbre et de la parole errante le 7 février lors du premier meeting de La Nuit Sécuritaire qui succédait au forum du 26 janvier à Reims
Ces rencontres se multiplient partout en France,
à Blois, à Marseille, à Grenoble, à Montpellier,
Partout des professionnels se rassemblent,
La parole erre et circule, à nouveau,
Elle est encore un bruissement de papier, de pensées
Mais,
Même si nous avons à hausser la voix au-dessus du bruit des bottes de la marche sécuritaire
Le désir renaît dans nos esprits, dans nos pensées.
Nous ne voulons pas de la manne avilissante,
De ces sommes d’argent tachées du sceau de la peur
Après l’anéantissement de nos moyens, de nos formations, de nos pratiques
Ne collaborons pas à la politique de la peur,
Ne collaborons pas à la dérive sécuritaire,
C’est notre première action : nous dénonçons la circulaire du 22 janvier 2009
Elle est l’application directe du discours sécuritaire de Mr Nicolas Sarkozy
On ne soulignera pas la rapidité exemplaire avec laquelle cette circulaire est arrivée,
Nous nous engageons à refuser toutes subventions liées à la politique sécuritaire
Nous refusons l’installation dans nos services de nouvelles chambres d’isolement, de barreaux à chaque fenêtre, de caméras,
Nous refusons les chaînes des bracelets électroniques, et des obligations thérapeutiques
Nous sortons exsangues de 30 années de sabotage,
Dans de nombreux services, les équipes pluridisciplinaires n’ont du soin que le nom !
La parole n’existe plus
Chacun est à son poste,
Occupé par des taches de plus en plus réduites à leurs spécificités,
Persécuté par une responsabilité de plus en plus pénale
De moins en moins soignante
Il nous est essentiel de revenir sur cette question du soin en psychiatrie
La cohésion entre les professionnels au sein des équipes est attaquée,
Les procédures, les protocoles ont détruit le caractère premier du soin : l’humanité
Au nom de quoi, de qui, l’humain devrait perdre son caractère imprévisible
Au nom de quoi, de qui, la psychiatrie devrait-elle devenir prédictive, pragmatique,
Elle ne peut être une discipline comme une autre dans le champ de la médecine
Auraient-ils tout oublié de l’humanité pour contraindre ainsi la folie à s’exhiber devant un supposé savoir médical, scientifique ?
Comment se reconnaître dans ce discours politique qui nie la singularité
On ne vient pas se confronter à la folie, comme on va à l’usine,
Je ne travaille pas sur une pièce de moteur
Il n’y a pas de mode d’emploi
Pas de réponses à cocher
Pas de fiches explicatives
C’est là notre deuxième action : la résistance aux certifications, anciennement accréditations.
Nous nous engageons à résister aux protocoles de certification, d’accréditation,
à reprendre la parole face aux accréditeurs et à leurs certitudes mortifères et morbides.
Les accréditeurs qui sont les bras armés de la destruction de la psychiatrie.
Je ne sais rien car je ne suis pas lui
Quelle folie me travaille-moi pour que je vienne m’intéresser à son délire !
Mais de quoi je me mêle !
Qu’est ce que j’en sais de sa souffrance ?
Ne serait-ce la rencontre en premier lieu qu’il nous faut travailler ?
Car dans notre travail, derrière le métier, il y a l’humain
Voilà notre surface de travail, le psychisme
Un établi, toujours différent, jamais prévisible,
Et surtout : jamais préexistant à la rencontre
Cette rencontre qui ne s’évalue pas, qui ne se cote pas,
Sans cette conversation intime du délire, nous devenons des techniciens
Le discours sécuritaire veut nous faire taire
La peur, le mépris de la folie dans l’humain,
La violence du silence que l’on impose : silence, on enferme ! Semble-t-on nous dire,
L’interdiction de rêver, de créer,
Voilà ce qui se trame derrière ce discours,
Discours qui s’organise déjà depuis de nombreuses années.
Suis-je fous de parler ainsi de poésie, de création.
Oui je suis fous, mais fou de rage,
Je ne supporte pas cet enfermement d’office dans un carcan de mesure de contrainte,
Dans cette destruction de la relation soignante, du travail institutionnel
Je ne supporte pas cette réduction simpliste de l’humain à des caractères normés.
Non, je ne vais pas me taire, car je n’ai pas oublié
Troisième action :
Et voilà pourquoi, Puisqu’il s’agit de reprendre la parole,
il faut qu’elle s’entende,
Ainsi, nous avons décidé une action concrète, éminemment symbolique,
Nous appelons à signifier notre désapprobation aux préfets qui interviennent contre une autorisation médicale de sortie,
Nous ne pouvons laisser les préfets décider de la validité des projets de soins
Et il s’agit aussi de prendre la parole individuellement.
Quatrième action : Les lettres et les collectifs régionaux
Nous vous appelons tous à envoyer une lettre aux acteurs politiques : ministre de la santé, président, députés
Témoignez de votre refus, de votre expérience,
Ils veulent nous faire taire
Ils veulent nous faire oublier notre histoire
Ils veulent faire disparaître l’être humain derrière son symptôme
Mais ils ont perdu car nos voix se font de plus en plus nombreuses et fortes
Nous avons déjà reçu plus d’une centaine de témoignage de professionnels comme de patients
Ce sont des paroles singulières, bouleversantes, intimes,
Et Nous travaillons à les faire entendre, à les propager,
Elles sont déjà sur le site internet de LNS
Nous travaillons en coordination avec SERPSY pour porter au plus haut la force de ces paroles.
Cette dynamique de prise de parole, de réflexions s’étend partout,
Nous appelons chacun d’entre vous à poursuivre les réflexions et les débats dans chacune de vos unités, à vous réunir, à faire germer les collectifs de discussions
Nous sommes présents et mobilisables,
Vous pouvez utiliser le site pour nous contacter.
Nous n’avons pas oublié François Tosquelles, Lucien Bonnafé, Tony Lainé, Jean Oury,
Nos aînés, des maîtres à penser,
Nous n’avons pas oublié Anthonin Artaud, Camille Claudel, Séraphine de Senlis,
Leur folie, leur créativité, leur humanité
Pour accompagner ces hommes et ces femmes,
Nous nous devons d’écouter leur folie,
C’est là que la cure institutionnelle puise toute sa richesse,
Par l’écoute et la circulation de la parole des soignants entre eux et avec les patients
La psychose est un rivage sur lequel on aborde démunis et dont on ne ressort pas indemne
Démunis par ce qu’il n’y a pas de savoir qui puisse nous préserver de sa violence, de sa souffrance,
Il ne faut pas en avoir peur
Comment pouvoir s’engager dans le soin avec la peur au ventre ?
Cette peur, cette violence, c’est avant tout celles qui oppressent ces hommes et femmes
Nous nous devons de l’accueillir
C’est là où se loge l’importance de la formation
Dans cette capacité qu’il nous faut forger, à recevoir, à faire réceptacle
Voilà notre outil de soins, à tous, infirmier, psychiatre, psychologue, psychomotricien, éducateur, orthophoniste…et tous ceux qui accueillent ces patients
Ce sont ces hommes et ces femmes qui se lèvent aujourd’hui
Le mouvement qui grandit depuis le 2 décembre nous montre le chemin
Le chemin du désir, de notre désir de soignant,
Chacun avec ce qu’il est
Au-delà des fonctions, des places
De rencontrer les patients, ces hommes et ces femmes qui souffrent
Nous sommes venus aujourd’hui au colloque d’Utopsy pour nous rencontrer
Partager, penser, élaborer,
Les intervenants se sont succédé, avec leur histoire, leur regard différent et riche
Nous nous sommes formés et déformés au fil des interventions successives,
Je n’ai vu aucun protocole, aucune stratégie de rentabilité, aucun comptage,
Il n’est pas question de traçabilité dans cette salle,
Pas d’évaluation,
Parce que nous voulons continuer ce travail assidu de déformation,
Nous résistons,
Nous prenons positions, chacun individuellement et collectivement
Nous préférons vivre avec des risques qu’avec « un risque zéro oppressant »
Il ne s’agit pas seulement d’une position de refus
Être contre, ça ne suffit pas
Il nous faut tracer des fondations
Dans cette affirmation, il y a quelque chose de hautement politique
Aujourd’hui, comme tous les jours depuis le 2 décembre,
Nous avons décidé de prendre, de reprendre la parole
C’est un acte politique
Et nous sommes déterminés à nous faire entendre
C’est dans cette dynamique historique que les 1789 présents lors du meeting de la nuit sécuritaire du 7 février ont approuvé le manifeste pour la psychiatrie par lequel nous affirmons notre volonté de poser des actes de résistance.
Vous pouvez lire le manifeste pour la psychiatrie sur le site internet de La nuit sécuritaire.
Je terminerais maintenant par vous exposer ce qui nous semble deux actions essentielles au niveau d’une scène politique gangrenée par le tout sécuritaire.
Le mouvement pour la psychiatrie doit s’ouvrir aux autres champs de la société, attaqués par la politique de la peur.
La réussite du premier meeting de l’appel des appels va dans le sens de cette cohésion nécessaire face aux attaques généralisées
Cinquième action :
De par notre refus de nous soumettre au diktat des accréditeurs et des préfets,
Nous interrogeons les avocats, sensibilisés eux aussi à la politique sécuritaire
Quant à la nature liberticide des circulaires
Quant à nos possibilités de résister
Ils veulent être partenaires
Ils refusent cette manipulation de la justice
Ils refusent cette notion de dangerosité élargie à tout une partie de la société
Nous allons rencontrer le syndicat de la magistrature
D’ores et déjà, Ils nous invitent aux Etats Généraux de la justice le 21 mars 09
dont 1 des 5 axes concerne la psy : « Responsabilité pénale et maladie mentale. »
commission psychiatrie et justice
Sixième action :
Et enfin, parce que la Loi HSPT et son extension le rapport Couty sont inacceptables
Depuis un mois, nous préparons des rencontres avec les députés, les sénateurs, les partis politiques
Nous demandons une suspension du projet de Loi pour la psychiatrie
Nous exigeons un moratoire d’un an, accompagné de l’organisation d’un débat public national.
Les problèmes existent, mais nous voulons une véritable concertation
Nous voulons refonder l’engagement soignant en psychiatrie
Nous voulons que les familles, les patients, comme les soignants puissent s’exprimer
C’est pourquoi nous avons écrit le 11 mars un appel pour qu’un consensus national soutienne l’exigence de ce moratoire d’un an.
Je vous rappel l’importance de la date du jeudi 19 mars
Tous sont venus en masse lors de la manifestation du 29 janvier,
Nous vous appelons à reproduire ce magnifique élan, à l’amplifier,
Lors cette journée de mobilisation interprofessionnelle et intersyndicale.
Cette lutte est urgente,
Elle ne s’arrêtera pas au printemps,
C’est une course de fond,
Nous devons continuer
« Clinique et Politique » du 14 mars 2009
« Si tu joues au policier, ils joueront aux bandits. Si tu joues au bon Dieu, ils joueront aux diables. Si
tu joues au geôlier, ils joueront aux prisonniers. Si tu es toi-même, ils seront bien embêtés. »
« Méfie toi des solutions immédiates: il ne sert à rien de brancher une lampe à pétrole sur du
courant électrique ».
Fernand DELIGNY
Depuis décembre, la psychiatrie est en ébullition, sa réforme annoncée avance à grand pas. Dans le
même temps la résistance et les propositions alternatives s’organisent.
C'est en partant de l'articulation permanente entre clinique et politique qu'Utopsy s'est créée, c'est en
tirant ce fil que nous entendons poursuivre. Ainsi, dans l'appel d'Utopsy nous nous demandions « A
quelle place nous convoque-t-on dans le champ social ? A quelle place voulons-nous être? ».
Quelles sont actuellement les exigences cliniques et éthiques minimales sur lesquelles il s'agira de ne
pas céder?
Nous tenterons d'approcher cette question par plusieurs biais: la clinique de l'enfance en difficulté,
les citoyens en marge du dispositif, le forum de la nuit sécuritaire et enfin la question de la
formation.
Des « charmantes têtes blondes » aux « graines de crapules »
Nous partirons des manifestations échappant quelque peu à la nosologie classique: troubles de
l'apprentissage, du comportement et autres carences. Devons nous considérer leur médicalisation à
outrance, le tout éducatif et la judiciarisation comme des ratés d'une prise en charge dont les
alternatives restent à inventer? Quels en sont le effets dans la réalité quotidienne, comment soutenir
des espaces de travail possibles ?
« Handicapés du soin? »
Quelles sont les spécificités du travail avec les enfants dits « handicapés mentaux » qui se trouvent
« orientés » vers le secteur médico-social? Comment combattre le clivage politique qui met d'un côté
les malades à soigner et de l’autre les handicapés à rééduquer ? Comment faire pour que
Subjectivation et Parole puissent être accessibles à tous ?
« Aux marges: précarité et déviance »
Quel mode de traitement actuel des patients exclus (ou résistants?) des prises en charges
conventionnelles? Comment penser le soin psychique en prison et dans la rue? Faut il y voir un
mode particulier de gestion de la folie, de la maladie chronique, d'une certaine clinique ou n'est ce
que le symptôme insistant de la déchirure du lien social ?
« On juge du degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses marges, ses fous et
ses déviants» nous répète sans cesse Lucien Bonnafé.
Forum de « La nuit sécuritaire »
« Nous sommes tous des schizophrènes dangereux » fut le mot d'ordre lancé par le collectif des 39.
Au delà de la formule, c'est de « la valeur humaine (ou non) de la folie » dont il est question dans la
réforme actuelle de la psychiatrie.
Les 39, dont nous sommes partie intégrante, feront un point sur l'actualité, les actions en cours et à
venir (circulaire du 22 janvier 2009 sur la sécurisation des hôpitaux psychiatriques, rapport Couty,
réforme de la loi de 1990, projet de loi sur la psychiatrie au printemps).
Dé-formation[s]?
Enfin, nous interrogerons les spécificités de la formation dans le champ du psychique pour les
infirmiers, psychologues, éducateurs, internes.
A l'heure où tout semble évaluable, formation comprise, par des experts étrangers aux réalité du
travail concret, quelles pourraient être les modalités d'enseignement et de transmission respectueuses
de l'hétérogénéité de nos pratiques, des patients-usagers et de leur famille?
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