
A propos de la réforme de l'hospitalisation en psychiatrie...
mise à jour du 28 fevrier 2010
"Nuit blanche de résistance"
Le 9 mars 2010 au Vinatier de 19h à 24h, salle des organisations,
à proximité de la chapelle.
Les intervenants :
Jean Darrot psychiatre, Albert Levy du syndicat de la magistrature,
Raphaël Thaller du cabinet Cidecos, Odile Nguyen philosophe, Christine Durif-Brucker
Laurent Vercelletto acteur/lecteur de louis Althusser et Michel Foucault
L'UHSA (Unité d'Hospitalisation Spécialement Aménagée) est une prison dans l'hôpital psychiatrique, elle se trouve sous contrôle de l'administration pénitentiaire. C’est une structure hybride mélangeant des catégories professionnelles de tradition, de fonction et de statut différents : des surveillants pénitentiaires et des soignants. La visibilité de tous, personnels comme prisonniers sera constante (circuit vidéo) Le soin mis sous surveillance permanente. Comment garantir alors le respect de la confidentialité? Comment maintenir sa dimension l’éthique ?
L'UHSA est la conséquence d’une judiciarisation des comportements qui assimilent sous prétexte de responsabilisation, malades mentaux et délinquants. Plus que le retour à une conception ancienne du grand enfermement, elle indique le point de bascule du médical au service de l’idéologie sécuritaire.
L’UHSA implantée sur le site de l’hôpital du Vinatier sera la 1ère d’une série de 22 prévues. Elle comptera 3 unités de 20 lits pour une population estimée à 9.000 détenus pour le territoire qu’elle a en charge. Peut-on sérieusement soigner avec de tels moyens les centaines de malades (30% des effectifs) qui peuplent les prisons qu’elle doit assister ? A moins qu’il ne s’agisse d’un soin « maintien de l’ordre » chargé de « casser les crises » suscitées par les conditions de détention ! Le soin deviendrait alors l’auxiliaire de l’ordre.
La loi Hôpital Patient Santé Territoire dite « loi Bachelot » désigne 14 missions de service public Les 4 dernières concernent les soins sous contrainte, les détenus, les sans-papiers ou demandeurs d’asile, les personnes retenues dans « les centres médico-sociaux judiciaires de sûreté ». Avec la circulaire du 11 janvier de graves entraves aux libertés sont planifiées. L’ordre et la sécurité publique priment sur les tentatives de réinsertion, rendant prioritaires les dossiers judiciaires, l’avis de la police et de la gendarmerie. C’est le grand retour aux amalgames. La maladie redevient un acte déviant et les malades des délinquants.
Comme à l’école, comme dans l'entreprise, comme aux frontières, comme au pôle emploi, comme dans les quartiers, pour tout problème il n’existe qu’une seule réponse : le tout sécuritaire !
Au nom d’un sentiment d'insécurité diffus, l’Etat nous sature des peurs qui habitent la population. Il cultive à outrance ce sentiment, pour masquer une politique sociale inexistante, rétablissant le vieux fantasme des classes dangereuses. C’est toujours l’Autre qui est désigné responsable des dysfonctionnements de la société: le sans papier, le chômeur, l’étranger, l’adolescent « racaille », le malade…
Alors que la sécurité pour chacun devrait consister à avoir un travail correctement rémunéré, une couverture sociale véritable, un accès aux services publics étendus, des papiers, un toit, etc.… les ingrédients de la peur qu’il faut combattre, ce sont les conditions d’exploitation de l’individu qui poussent au suicide les salariés, à la délation, à la crainte de l'autre, à la crainte du contrôle, à la crainte de perdre son emploi etc…
Un grand débat autour des soins psychiatriques est nécessaire et doit avoir lieu. Si la psychiatrie a toujours été le miroir de la société par la façon dont elle envisage son activité, son organisation et ses débats, il n'est pas question d’en faire une psychiatrie au service du pouvoir ! Il n’est pas question de la réduire à la portion congrue de "l'ordre et du propre" !
C'est pourquoi, citoyen, nous sommes tous concernés.
C’est pourquoi nous vous invitons à en débattre dans une nuit de la résistance.
Côté pratique : pour rendre ce moment convivial que chacun(e) vienne avec une entrée ou un dessert nous nous chargeons des saucisses, merguez et boissons. Participation financière libre.
L’horreur est dans le pré
Il faut absolument diffuer ce texte partout
Vous cliquez sur le lien et vous trouvez sur le site de l'HAS le référentiel pour le dossier psychiatrique ambulatoire. Le texte concerne aussi la pratique libérale!
Ce référentiel nous a été proposé jeudi en CME et il a fallu batailler ferme pour le refuser; il parait que ça a été écrit par des psychiatres!
Vous remarquerez les item obligatoires où il s'agit à chaque consultation de donner les éléments du diagnostic et surtout celui où il faut demander au patient s'il n'aurait pas envie de se suicider!!(oui à chaque consultation!)
Le document date de 2005 et évidemment à moins d'être très masochiste, personne ne lit ce genre de conneries jusqu'au jour où ça nous est imposé dans le cadre de l'accréditation
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Dossier_patient_psychiatrie_ref.pdf
Collectif des 39
Contre La Nuit Sécuritaire

La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l'ordre social ?
Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.
EDITO - SOMMAIRE
Alors que le gouvernement poursuit sa marche déterminée vers une stigmatisation des malades psychiatriques comme « délinquants » et « criminels en puissance », le « collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire » élabore un mouvement de résistance et d’accueil.
L’actualité psychiatrique de cette rentrée 2010 s’inscrit dans la droite ligne de ce qui nous a alerté en en décembre 2008 : la circulaire du 11 janvier 2010, sur le régime des sorties d’essai d’HO, renforce le contrôle social exercé sur les patients, réduits à leur seul « potentiel de dangerosité » (cf communiqué ).
Pour résister à cette entreprise, le mouvement du « Collectif des 39 » construit, depuis un an, dans toute la France et à travers des initiatives plurielles, des espaces de résistance créatifs.
- Les rencontres et forums se poursuivent
* Le 15 janvier dernier à Lille, avec d’autres Collectifs et Syndicats, la Journée de Défense de la Psychiatrie Publique a réuni soignants et patients autour des actions à soutenir aujourd’hui, pour lutter contre l’instrumentalisation de la peur et les attaques des outils de soins.
Et nous serons bientôt :
* A St Martin de Vignogoul (Montpellier) pour Isadora "Figures du collectif" les 28-29 mai 2010
* A Reims pour La Criée "La fabrique du soin : Création et démocratie" les 24-25-26 juin 2010
- L’Université Critique de Psychiatrie reprend ses séminaires en mars 2010 ; différents intervenants proposent une approche théorique et clinique de la psychiatrie, à travers une réflexion critique.
- Le réseau résistance psy (resistancepsy@yahoo.fr) accueille les témoignages d’actes de résistance, de toute forme, en tout lieu.
- La publication prochaine des Cahiers pour la folie portera les voix de soignants et patients proches de la psychiatrie ; voix poétiques, politiques…
Le mouvement du Collectif des 39 se met en place, pas à pas, pour maintenir ouverts des espaces pour penser les soins, espaces indispensables pour échapper à l’infiltration ambiante de l’idéologie sécuritaire, espaces indispensables pour aménager les conditions d’accueil préalables pour envisager des soins.
Quelle Hospitalité pour la Folie ? Question qui nous guide à travers le vaste champ de la psychiatrie, question que nous devons opposer à toute négation du soin psychique, question qui nous réunit dans tous nos lieux de soins/travail, et question dont nous avons fait un badge comme nous nous y étions engagé lors des Journées Nationales du 28 novembre dernier. Les badges peuvent être commandés sur le site.
Actualité de la réforme de la loi de 1990 :
Dans la circulaire du 11 janvier 2010, le ministère demande aux préfets un maximum de prudence dans les autorisations de sortie à l'essai pour les patients en HO, en référence à une décision du Conseil d'Etat qui date de... 1997 ! Dans l'état actuel de la psychiatrie où les soins sont chaque jour mis en difficulté, l'Etat ne répond que par des mesures sécuritaires qui deviennent soudain "urgentes", et en faisant pression désormais encore plus sur les préfets. Nous vous avions transmis notre communiqué en réaction dans notre dernière newsletter (vous pouvez le retrouver ici).
Le ministère de la santé s'active donc autour de la réforme de la loi de 1990 sur les hospitalisations sous contrainte. Et le texte qui se prépare reste secret ! les associations et syndicats reçus au ministères n'ont eu droit qu'à une présentation orale, sans avoir le document de travail écrit !
Certains des invités à cette présentation tronquée ont fait un communiqué de satisfaction que vous pouvez lire ici.
Le collectif des 39 réagit avec ce communiqué :
<<
Ce communiqué qui témoigne de la « satisfaction » et de « la qualité du climat de travail engagé » des organisations signataires qui se veulent représentantes des professionnels et des usagers est assez révoltant. Révoltant car cette satisfaction s’exprime devant un texte qu’elles n’ont même pas pu lire, et qu’il s’agit de se soumettre par avance à une refonte de la loi de 90 à un moment où, pour la première fois, la plupart des syndicats de psychiatres ont enfin manifesté leur inquiétude et leur réprobation devant la circulaire du 11 Janvier 2010.
Il se précise de plus en plus que cette refonte de la loi va aller dans le sens d’un durcissement des conditions des soins sans consentement, et que les soignants vont se trouver de plus en plus contraints par les préfets, eux-mêmes sous surveillance menaçante de l’Etat.
Nous sommes dans la continuité explicite du discours présidentiel d’Anthony et de ce qu’il véhicule d’une représentation de la dangerosité de la folie et ...>> Lire la suite ici.
L'intersyndicale de psychiatres SPH - IDEPP propose également un communiqué que vous trouverez ici.
l’Université Critique de Psychiatrie
Devant les dérives des systèmes de formation des professionnels du soin psychique, il nous semble important de proposer des « moments de formation » qui s'inscrivent dans une continuité historique, celle de la psychothérapie institutionnelle et du désaliénisme. Ces journées s'organiseront sur un thème à partir duquel les participants pourront présenter les questions que posent les pratiques quotidiennes. En deux espaces de travail, des intervenants en lien avec les animateurs/formateurs partagerons leur regard sur la question au travail.
Nous sommes dans un souci de transmission et d'éclairages des concepts cliniques pour aider à la pratique au jour le jour au sein d'un collectif soignant.
Les dates pour 2010:
Les prochaines sessions de l'UCP en 2010:
* Le mardi 23 mars 2010 :
"La gestion de la violence ou la prise en charge de la souffrance des patients ?" avec Mickaël Guyader, Antoine Machto, Marie Cathelineau, Philippe Bichon, Elie Winter
* Le mardi 13 avril 2010 :
"La relation soignante"
* Le mardi 11 mai 2010 :
"Quelle place pour le patient dans le dispositif soignant ?" :
- le matin : à travers "l'exemple des clubs thérapeutiques dans le dispositif de l'institution" : avec Paul Machto, l'équipe et les patients d'un centre de jour
- l'après-midi : "psychiatrie et culture avec une présentation et une discussion autour de l'association APC (Art, Psychiatrie, Culture)" par Patrick Franquet, Bernadette Chevillon et Anne Marie Secret
Ces journées se dérouleront:
CEMÉA 24 rue Marc Seguin 75018 Paris - Métro Marx Dormoy (ligne 12)
Renseignements et inscription :
sante.mentale@cemea.asso.fr
Coût de la journée : • 50 € (possibilité d’une prise en charge « formation permanente »
Numéro d’agrément : 11 75 28953 75) • 10 € étudiants et retraités
Cahiers pour la folie :
Le premier numéro des Cahier portera sur "l'enfermement, quelle hospitalité pour la folie". Les textes sont à envoyer à l'adresse suivante: cahiers.folie@yahoo.fr
Les voies de la folie
Voie poétique, voie politique, voie pratique, voix plurielles, les chemins de la folie sont hétérogènes et ne se laissent réduire aux pentes naturelles de nos idéalisations. Se rappelant à notre bon souvenir quand, pour toutes les « raisons » du monde, bonnes ou mauvaises, nous souhaiterions la mettre en boîte, la folie nous offre l’intransigeance de notre rapport à l’altérité.
C’est dans la difficulté de cette polyphonie que les Cahiers pour la Folie, résurgence improbable d’un temps suspendu, se fondent.
Pluralité, polyphonie, ouverture d’un champ de possibilités à multiples strates, nous proposerons plusieurs appels, en « correspondance ». Ils ouvrent un champ d’actions et de pensées prêtant à ce premier numéro « l’enfermement, quelle hospitalité pour la folie ? ».
Cahiers.folie@yahoo.fr
CHARTE DU COLLECTIF DES 39
contre la Nuit Sécuritaire
La folie n’est concevable qu’irréductiblement liée à la condition humaine.
Contrairement à la maladie somatique, il existe une modalité particulière de souffrance psychique liée à certains modes de structuration subjective. Elle ne relève pas d’une causalité linéaire mais d’un déterminisme pluri factoriel marqué du sceau de la complexité.
Détachés des idéologies marquées du pragmatisme, l'art et les techniques psychiatriques prennent en compte la personne dans son ensemble : il s’agit de soigner quelqu’un et non une maladie.
Engagée dans la réalité sociale, la psychiatrie se doit éthiquement de préserver la singularité et l'originalité des personnes qui se confient à elles ou lui sont confiées ; elle ne se conçoit qu’en relation avec les patients, leurs familles mais aussi avec les acteurs du social et du champ médico-social et prône par conséquent une politique psychiatrique inscrite dans la communauté.
Nous, soignants en psychiatrie affirmons que :
Notre engagement thérapeutique tient d’abord à la considération de la vulnérabilité et de la créativité des patients ; il doit par ailleurs nous conduire à promouvoir tous les lieux nécessaires à une hospitalité pour la folie qui constitue l’enjeu de notre travail : dans l’hospitalisation, comme dans les lieux ambulatoires qui doivent mettre l’accueil au coeur de leur projet.
La dimension relationnelle est au coeur de tout processus de prévention et de soins
Les valeurs républicaines de liberté, égalité et de fraternité sont le socle constitutif de toute pratique.
Aussi refusons-nous avec force :
L’abandon des patients renvoyés à la rue ou à la prison
L’idéologie sécuritaire qui stigmatise, contient, isole et maltraite les plus démunis des citoyens
Toute modification ou interprétation des lois qui confirmerait la ségrégation et la stigmatisation des patients en les assujettissant à des lois spécifiques et aggraverait la tendance à l’enfermement.
L’idéologie falsificatrice qui ferait croire que soigner sous la contrainte dans la cité serait une avancée pour les patients ou leur famille.
L’imposture des protocoles standardisés pseudo scientifiques déniant la singularité de chaque acte, de chaque projet soignant, de chaque patient.
La mainmise de l’appareil technico gestionnaire tentant d’annihiler, de nier et d’écraser la dimension créative et inventive de tout processus de soin.
Aussi soutenons nous toute pratique qu’elle soit publique en accord avec les acquis du secteur, libérale conventionnée ou associative, garantissant en particulier la continuité des soins et prônant l’attachement à des valeurs fondamentales telles que : respect du secret professionnel, engagement relationnel, indépendance professionnelle, respect de l’intimité du patient.
Nous défendrons un enseignement reposant en particulier sur la psychopathologie, et nécessitant la réintroduction de formations spécifiques désarrimées de la logique, du cadre théorique et des intérêts hospitalo-universitaires actuels autant que de l’emprise des laboratoires pharmaceutiques et ceci pour tous les professionnels de la psychiatrie.
Avec et pour ces valeurs nous continuerons à dénoncer toutes les dérives politiques, techniques, gestionnaires et sociales qui enfermeraient peu à peu les patients dans un carcan déshumanisant.
Nous affirmons que ce combat est essentiel pour que la psychiatrie ne bascule pas dans la barbarie où rejeter et punir ferait disparaître les pratiques accueillantes de soins désaliénistes.
Le collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire
www.collectifpsychiatrie.fr
Continuez à SIGNEZ LA PETITION, et diffuser cette lettre autour de vous.
http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=1
Montreuil le 7 février 2009, à la maison de l'arbre à Montreuil, le MEETING du groupe de 39 avait réuni « 1789 » participants.
La revue Sud / Nord vient d’en éditer tous les textes
http://www.editions-eres.com/resultat.php?Id=2369
Appels aux Cahiers pour la folie
Prenant acte de nombreux encouragements, témoignages personnels et volontés de créer un "réseau de résistance" (resistancepsy@yahoo.fr), nous désirons créer un outil écrit et/ou numérique qui pourrait consigner et mettre au travail les textes et propositions qui nous parviendront.
Après plusieurs pistes quant au titre, il nous paraît essentiel que la Folie reprenne ses lettres de noblesse comme phénomène de culture, inscrite au sein même d'un lien social à tisser ensemble. Souvent laissée sur le dos des "fous", la folie n'en est pas moins un bien commun universel.
Depuis l'appel des 39 en décembre 2008, nous avons reçu beaucoup d'écrits, de réflexions, de lettres au président de la République qui ont constitué des éléments importants d'élaboration. Voulant faire partager ce travail au plus grand nombre, l'ouvrir au delà des cercles psychiatriques, psychologiques et autres, l'idée de ces cahiers nous semble une des pierres de touche des actions que nous avons à bâtir individuellement et collectivement, au niveau local et général, pour constituer un mouvement consistant au sein de la psychiatrie.
Bien conscients que ces cahiers en eux-mêmes ne suffiront pas à infléchir le mouvement d'une société, gageons que "ces poussières d'événements" peuvent constituer avec d'autres, un réseau plus large d'actions et de pensées ouvertes et hétérogènes.
Pensant, selon les termes de Jean Cassou, que l'action de résistance est "une simple affirmation devant la plus désespérante évidence", à nous de trouver une voie de devenir pour déconstruire les évidences du monde qui nous traverse, pour en proposer d'autres qui accepteraient la différence comme partie intégrante de nous mêmes.
Le samedi 28 novembre, lors de la table ronde de l'après midi sur "les moyens de résistance", nous ferons part de ce projet, en déciderons collectivement la forme.
Ces sentiers, pour toute personne ayant rencontrée la psychiatrie, qu'ils soient individuels ou collectifs, pourront témoigner de ces pensées et de ces pratiques, dans ce qu'elles peuvent avoir de raisonnable ou d'insensée, de rudesse ou d'étayage, de robotisée ou de poétique.
Nous en appelons à toutes et à tous, pour que ces cahiers soient ceux du plus grand nombre, une de ces balise jetées dans notre monde, pour transformer le naufrage qui guette en de nouveaux horizons, quelques fois entraperçus.
Pour la création d’un réseau de résistances
resistancepsy@yahoo.fr
Depuis un ans, le collectif des 39 mobilise la parole dans un nouveau mouvement, pour redonner droit à la critique et à l’élaboration dans le soin psychique, pour lutter contre la déshumanisation qui touche les patients, comme les professionnels, et de réaffirmer l’humanité de la folie.
Ce mouvement se nourrit des hétérogénéités au sein même des membres du collectif des 39 et au-delà. Parce que nous refusons la rationalité supposée scientifique d’une psychiatrie gestionnaire et sécuritaire, il est impératif de défendre la multiplicité des pratiques, la nécessité de toujours interroger et de faire vivre la critique au sein des différentes orientations présentes dans le champ du soin psychique
Le constat dramatique de la dislocation des liens au sein même des équipes pluridisciplinaires est une réalité dont il faut prendre acte pour mesurer la menace qui pèse sur tout mouvement de partage de la parole et d’élaboration de lien transversaux, nationaux.
Avant de nous retrouver irrémédiablement rigidifiés dans une nouvelle organisation géographique qui n’a de soignant que le nom, construisons ensemble un réseau de résistances.
Cette « menace sur le lien » pèse sur tout mouvement. La mise en réseau des luttes, des résistances, est une des grandes difficultés. Pourtant, elles existent dans nos pratiques quotidiennes. Nous protégeons le lien thérapeutique, notre outil de travail, par de multiples petits gestes, actes de refus.
Depuis des années déjà, les restrictions dues à la chute des moyens et aussi aux modifications des réglementations d’accueil nous obligent à contourner, à tordre un peu la prescription légale pour maintenir des activités thérapeutiques.
Nous pouvons lister les petites monstruosités dont nous sommes souvent témoins, ces petites choses, parfois invisibles, mais qui s’accumulent, déstabilisent le lien soignant, créent une ambiance aseptisée. Plus que la dénonciation, l’affirmation d’un autre soin psychique possible est une arme d’autant plus forte qu’elle reste de teneur variée.
Les résistances sont multiples, parfois isolées, parfois minimes, mais elles existent. Le caractère minoritaire de ces actes, ne doit pas en faire disparaître la force symbolique.
Refuser d’appliquer un protocole absurde et privilègier la singularité, dire non à une "note de service", et favoriser une créativité collective au sein des équipes. Dans nos pratiques quotidiennes, ce sont des actes synonymes de résistance.
Nous voulons donner à ces résistances toute leur force symbolique, celle d'un engagement soignant. Cette résistance doit prendre toute son ampleur par la mise en commun, en réseau, de nos expériences, de nos luttes, réussites et échecs.
Ecrivez à resistancepsy@yahoo.fr
La nuit securitaire, site du collectif en psychiatrie, est le point de rendez-vous de tous ceux qui souhaitent contribuer a la promotion de la sante mentale ...
www.collectifpsychiatrie.fr
VIDEOS & AUDIOS "La nuit Sécuritaire"
MEETING du collectif "la nuit sécuritaire" du 7 février : avec les interventions de Jean Oury, Le juge Portelli, P. Chemla, Hervé Bokobza, Simone Molina etc... en audio
ou les vidéos des intervenants
"Quel avenir pour les fous?"
Réflexion sur les expériences de Clinique Institutionnelle
Actes de la rencontre-débat organisée par Le Point de Capiton, Arime & Riff84

Le collectif "Ceci n'est pas un mur" se rencontrera
le 11 septembre 2009 à l'espace médical du CH Montfavet
Sur le site La Nuit Sécuritaire, de nombreuses copies de lettres adressées au président de la république sont éditées. Nous vous proposons sur notre site deux exemples : la lettre de Marion Armellino-Vallet Psychologue clinicienne, ainsi que celle de Valérie Vallet
Monsieur le président,
Je me permets de soumettre à votre jugement quelques questions que mon métier m'oblige à vous poser :
Quand une dame, soignée à l'hôpital psychiatrique depuis vingt ans, désespérée d'y être toujours mais terrifiée d'en sortir, malgré nos tentatives quotidiennes pour lui donner envie de s'y risquer, nos heures passées à l'écouter, à l'accompagner dans ses demandes, à entendre ses hallucinations, les terreurs qui traversent son corps et son âme, quand cette femme me dit qu'elle veut mourir, en quoi votre soucis de la psychiatrie va l'en empêcher, en quoi vos réponses vont m'aider moi à trouver les bons mots pour l'en dissuader ?
Lorsqu'un patient, pendant notre réunion hebdomadaire parvient à formuler cette question : comment réchauffer l'atmosphère à l'hôpital ? En quoi vos propositions vont nous permettre de lui donner envie de rester, de ne pas tenter de s'échapper de ce lieu si difficile à réchauffer, puisque vous souhaitez qu'il ressemble de plus en plus à une prison ?
Et que dire de ce comptage monstrueux qui jalonne aujourd'hui les journaux des soi-disant évasions de patients psychotiques ? Les personnes malades partent de l'hôpital lorsque celui-ci ne répond pas à leur douleur d'exister. Plus vous élèverez la hauteur des murs, plus ils se sentiront pris au piège, et loin de nous. Savez-vous que certains se sentent comme des naufragés en pleine mer et chaque humain qu'ils croisent comme des îles toujours plus inaccessible ? Le savez-vous ?
Quand encore, en fin de journée, un patient vient me voir au CMP pour m'expliquer qu'il est à bout, qu'il ne pense qu'à se suicider, à toutes les manières d'y parvenir, qu'il ne croit plus à rien, et qu'il se sent réduit à zéro dans notre société, un moins que rien, qu'il doit lutter contre des menaces extérieures et intérieures qui le poussent à se tuer, et que je lui dis que dans ce cas je ne peux le laisser repartir comme ça, mais qu'il refuse de parler à des inconnus, de livrer à nouveau son histoire car la honte qui le ronge l'empêche d'accepter toute l'aide dont on pourrait disposer, que dois-je faire si je n'ai pas dans l'équipe du secteur déjà des collègues qui le connaîtront un peu, ou me connaîtront et m'écouteront moi pour l'accueillir sans le tourmenter davantage ? Car c'est cela que prévoient vos experts, en détruisant la continuité des soins entre « l'hôpital » et « l'ambulatoire ». Comment laisser repartir cet homme sans m'assurer d'un relais humain adéquat, et donc efficace ?
Comment faire alors que d'autres patients attendent déjà, et qu'il est le quinzième de la journée ?
Comment enfin prendre en compte l'angoisse d'une équipe entière qui sent que peu à peu elle disparaîtra au profit d'un jeu de pion, où chacun réduit à une unité quantifiable pourra se retrouver, au gré des « besoins » de l'hôpital, un jour dans tel service, le lendemain dans tel autre ? Cette équipe qui a mis des années à se construire, à se connaître, à nouer des liens de confiance et une certaine liberté d'initiative pour créer avec les patients des possibles rencontres, des possibles actes thérapeutiques, cette équipe qui suit une même personne sur des années, au gré de ses crises et de ses solutions, aussi folles qu'elles soient, cette équipe qui rassure, qui sécurise surtout, qui n'est pas hostile ou anonyme, qui s'engage, qui se questionne chaque heure de la journée pour trouver les bons mots, cette équipe, monsieur le Président, quelle machine administrative peut la remplacer ?
Vos propositions sont en train de créer encore plus de crainte envers la psychiatrie, encore plus de méfiance des personnes qui pourraient venir demander de l'aide, par leur parole ou par les actes qu'elles poseront faute de trouver un interlocuteur qui les écoutera et y répondra.
Il y a fort à parier pour que certains fous délirent encore plus violemment qu'un complot cherche à les enfermer, à les contrôler, à les détruire, fort à parier pour que la violence engendrée par vos mots et vos méthodes nous enferment chaque jour plus dans des impasses thérapeutiques, que le lien que nous cherchons à tisser chaque jour, en prenant le temps qu'il faut car on ne peut faire l'économie de ce temps-là pour ramener l'autre souffrant à l'extrême dans notre espace collectif , que ce lien ne puisse même plus exister.
Comment faire à l'hôpital pour apaiser, pacifier des relations qui se sont mues en une haine inouïe alors qu'il n'y a que deux infirmiers pour trente personnes, est-ce que vous pensez que les patients et le personnel vont vous croire quand vous leur dites que vous connaissez la valeur de leur travail ?
C'est la question de la dignité qui nous permet de mesurer la valeur de celui-ci et vos solutions sont indignes de la mission qui est la nôtre. Et l'immense sentiment de révolte qui a soulevé toute la psychiatrie vient précisément de ce que vous avez fait intrusion dans le cœur même de nos métiers, par vos réformes sur la santé, la recherche, l'université, et la justice, en nous demandant d'exercer à présent ces métiers de façon indigne.
C'est pourquoi je vous demande, Monsieur le Président de la République, de revenir absolument sur ces réformes et de prendre le temps de répondre aux questions humaines qui s'y posent avant d'engager de nouvelles lois, de nouveaux décrets totalement contre-productifs et aliénants, pour toute notre société.
Marion Armellino-Vallet,
Psychologue clinicienne, Paris
« Se questo è un uomo », P. Levi
Monsieur Le Président,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui vit persécuté, cannibalisé, vampirisé par des voix faisant effraction de toutes parts et pénétrant son corps
Qui souffrant d'un exil radical le laissant hors de chez soi en soi serait la proie, par la violence d'une « géolocalisation », d'une errance éperdue, sans ailleurs ni ici
Qui prisonnier de lui-même, claquemuré dans son monde, aurait pour seul horizon l'enfermement qui accroît la régression qui accroît l'enfermement d'une chambre d'isolement.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui est en deuil d'elle-même et n'a plus de larmes pour pleurer ce qu'il y a à pleurer
Qui vit éparpillés devant elle les temps de son histoire comme les morceaux de son corps
Celle dont le délire s'essaie, en un fragile asile, à reconstruire un monde habitable et se trouve bannie par le verdict d'un discours politique d'un ultime lien social
Atteinte définitivement dans sa confiance en l'autre, privée de sol porteur_ et d'autant d'années d'accueil, de rencontres thérapeutiques et de forces arrachées de vie_ à coups « d'obligation de soins à domicile ».
Considérez si c'est un homme celui « qui a préféré devenir fou que de forfaire à une certaine idée de l'honneur humain »(Artaud).
Est-ce donc la peur, la peur de l'étranger, de l'étrangeté, de l'altérité, la peur de la folie en vous-même qui vous pousse inexorablement à verrouiller les îlots de pensée et de liberté comme pour décimer tout lien social, une peur qui voudrait réduire chacun d'entre nous, psy en tout genre ou simple citoyen, à n'être que de micro-fascistes en puissance?
Serait-ce la peur de la proximité entre folie et normalité, de la folie tapie au coeur de la normalité_ car comment définir l'homme normal sinon comme un être assez névrosé pour supporter cette putain de réalité et néanmoins assez fou pour tenter de la transformer_ qui vous amène à désigner à la vindicte les humains que vous stigmatisez?
Chercheriez-vous, dans votre acharnement, à donner consistance au fantasme de l'Un: une société sans division exigeant l'incessante fabrication-élimination d'hommes en trop, parias, parasites ou déchets? L'opération qui instaure la totalité requiert celle qui retranche du surnuméraire, celle qui affirme l'Un requiert celle qui supprime l'Autre. L'altérité n'est reconnue que pour être, du même mouvement, produite et supprimée. Et cet ennemi de l'intérieur_ des hommes quelconques qui en tant qu'individus rendent manifeste l'élément singulier, étranger, donc intolérable à la représentation de l'Un_, il faut le créer de toute pièce pour fournir la preuve vivante, publique, de son nécessaire anéantissement. Au risque de devenir vous-même, un jour, l'homme-en-plus et donc en trop.
Cette logique est celle de l'élimination vouée à s'étendre, sans cran d'arrêt, aux hommes, en nombre indéfini, étiquetés comme coupables et précipités dans les bas-fonds de la société. Le fou, ultime figure de l'étranger après la chasse aux émigrés, dans sa différence même est traqué. Mais il n'y a pas d'ambiguïté, comme le savent ceux des malades qui survivent à votre discours du 2 décembre: « Nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes. La distance qui nous sépare d'une autre espèce reste intacte, elle n'est pas historique(...) Il n'y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine »(Antelme).
Vous anéantissez des vies humaines mais la folie résiste. A la marge, le délire adresse une question urgente à la culture qui se fait complice du meurtre dont elle n'a de cesse d'inventer de nouvelles formes. La folie résiste. Elle échappe à toute forme de recyclage. Elle interroge l'accueil que nous lui réservons, la responsabilité de la société à son égard, sa manière d'en répondre.
Ne vous en déplaise, l'inhumain reste une modalité de l'humain. Sa résistance s'éprouve depuis son ébranlement et sa défection extrêmes. Et s'il y a encore « des chants à chanter au-delà des hommes »(P. Celan), au-delà de l'homme en qui l'humain s'absente, la parole des délirants prononce son ultime résistance depuis, devant cet effondrement. Avec eux nous résisterons.
Veuillez agréer, Monsieur Le Président, la considération due à votre fonction,
Valérie Vallet
LA CRIEE
Alerte Rouge
Nouvelle attaque contre l’enseignement de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle à l’université de Reims.
PETITION
Contre le rejet de l’enseignement de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle à l’université de Reims. Pour l‘année universitaire 2007/2008, la responsable de l’enseignement à la faculté de psychologie de Reims, avait contacté le Docteur Patrick Chemla en tant que président de la CRIEE (Collectif de Réflexion Institutionnelle Et d’Ethique) pour assurer un enseignement d’initiation à la psychanalyse et à la pratique de la psychothérapie institutionnelle. Cette demande se justifiait par le départ d’enseignants qui jusque là assuraient cet enseignement, et par un souci de faire entendre aux étudiants diverses théories et pratiques. Pour les membres de la CRIEE, il a semblé important d’assumer cette tâche de manière militante. Un enseignement à plusieurs voix a été mis en place avec la participation de Mmes Thierion (psychologue) et Zampaglione (psychologue) et Mrs Chemla (psychiatre médecin-chef) et Lumbroso (psychologue). Cet enseignement ayant été apprécié devait être reconduit voire s’étendre, mais début septembre un mail de la même responsable nous signale que le Master de psychologie de l’année 2008/2009 s’intitule « Psychologie des perturbations cognitives » et que de plus sous les recommandations du ministère et de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l‘enseignement Supérieur) le master de psychologie est recentré sur une perspective cognitive et neuropsychologique, ce qui exclut toute autre approche théorique de la psychologie. Dans le même mouvement, c’est l’ensemble des autres enseignements d’approche psychanalytique ou tout simplement psychodynamique qui se voit rejeté.
Il faut entendre ce qui se joue dans l’exclusion de cet enseignement et le replacer dans le contexte de l’élimination de l’enseignement de la psychanalyse à l’Université comme le dénonce le mouvement « Sauvons la Clinique », mais aussi de la création des pôles sous l’autorité des professeurs de psychiatrie qui sont dans leur grande majorité cognitivo-biologistes.
Pour nous, il n’est pas question de défendre l‘enseignement de la psychanalyse à l’université comme seule approche de la personne souffrante, mais de soutenir une formation hétérogène où toutes les approches ont droit de cité. Nous voyons dans cette exclusion, une attaque contre l’apport de la psychanalyse à la prise en charge des sujets souffrants et un formatage unidimensionnel de l’approche de la maladie mentale excluant toute pratique de psychothérapie institutionnelle.
Cette pétition est soutenue par :
LE POINT DE CAPITON
LE CERCLE FREUDIEN PARIS
EURO-PSY PARIS
L'ARDPF association régionale des psychiatres privés pour la formation en Champagne Ardennes
L'AMPI association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle Marseille
ETC...
Cliquez ici pour signer en ligne
NOUVEAU : APPEL AU FORUM du Lundi 26 JANVIER 2009 de La Criée
Les nouvelles d'UTOPSY
Voici les actions que l’Appel des 39 La nuit sécuritaire organisent.
Nous dénonçons la circulaire du 22 janvier 2009 Elle est l’application directe du discours sécuritaire de Mr Nicolas Sarkozy
On ne soulignera pas la rapidité exemplaire avec laquelle cette circulaire est arrivée,
Nous nous engageons à refuser toutes subventions liées à la politique sécuritaire
Nous refusons l’installation dans nos services de nouvelles chambres d’isolement, de barreaux à chaque fenêtre, de caméras,
Nous refusons les chaînes des bracelets électroniques, et des obligations thérapeutiques la résistance aux certifications, anciennement accréditations.
Nous nous engageons à résister aux protocoles de certification, d’accréditation, à reprendre la parole face aux accréditeurs et à leurs certitudes mortifères et morbides.
Les accréditeurs qui sont les bras armés de la destruction de la psychiatrie.
Les lettres et les collectifs régionaux
Nous vous appelons tous à envoyer une lettre aux acteurs politiques : ministre de la santé, président, députés
Témoignez de votre refus, de votre expérience,
Ils veulent nous faire taire
Ils veulent nous faire oublier notre histoire
Ils veulent faire disparaître l’être humain derrière son symptôme
Nous avons déjà reçu plus d’une centaine de témoignage de professionnels comme de patients
Ce sont des paroles singulières, bouleversantes, intimes,
Et Nous travaillons à les faire entendre, à les propager, Elles sont déjà sur le site :
http://www.collectifpsychiatrie.fr/
Nous travaillons en coordination avec SERPSY pour porter au plus haut la force de ces paroles.
Cette dynamique de prise de parole, de réflexions s’étend partout,
Nous appelons chacun d’entre vous à poursuivre les réflexions et les débats dans chacune de vos unités, à vous réunir, à faire germer les collectifs de discussions
Nous sommes présents et mobilisables, Vous pouvez utiliser le site pour nous contacter.
Et enfin, parce que la Loi HSPT et son extension le rapport Couty sont inacceptables
Depuis un mois, nous préparons des rencontres avec les députés, les sénateurs, les partis politiques
Nous demandons une suspension du projet de Loi pour la psychiatrie
Nous exigeons un moratoire d’un an, accompagné de l’organisation d’un débat public national.
Les problèmes existent, mais nous voulons une véritable concertation
Nous voulons refonder l’engagement soignant en psychiatrie
Nous voulons que les familles, les patients, comme les soignants puissent s’exprimer
C’est pourquoi nous avons écrit le 11 mars un appel pour qu’un consensus national soutienne l’exigence de ce moratoire d’un an. La lettre ci-dessous est à votre diposition pour interpeller localement les élus, les syndicats et les associations
L’Appel des 39 – La nuit sécuritaire
Paris le 11 mars 2009
Madame, Monsieur,
Les suites du discours présidentiel du 2 décembre sur la psychiatrie s'annoncent rapides. Ce discours recentrait l'action de la psychiatrie dans une logique essentiellement sécuritaire et non sanitaire. Dès le 22 janvier est parue une circulaire qui distribue la manne annoncée pour la mise en place de chambres d'isolement, Le rapport Couty se dévoile zélateur de la loi HPST dite loi Bachelot et promeut l'abandon de la politique de secteur.
Une riposte d'opposition catégorique s'impose dans les deux cas: dénonciation de la manne avilissante proposée par la circulaire du 22 janvier; rejet du rapport Couty. En même temps, il s'agit de convaincre l'opinion qu'une autre psychiatrie existe, d'écouter les doléances, critiques, attentes au regard la situation actuelle de la psychiatrie et de nombre de ses pratiques, de construire les bases propositionnelles d'une alternative à la politique dénoncée là, alternative prenant en compte les enseignements de l'histoire contemporaine de la psychiatrie et de sa "révolution" non aboutie.
C'est pourquoi l'Appel des 39 - La nuit sécuritaire exige un moratoire d'un an accompagné de l’organisation d’un débat public national. Nous souhaitons vous présenter et vous faire partager notre revendication. Une recension des points d'accord et de convergence pourrait être établie.
Un consensus politique large sur ce moratoire serait un appui et une avancée pour tout le mouvement de résistance à la nuit sécuritaire et au démantèlement des services publics et du droit aux soins.
Il faut une mobilisation de l'opinion pour mettre à plat la complexité des troubles psychiques et la stigmatisation qui l'accompagne, c'est la raison de notre exigence.
Merci de nous répondre rapidement, nous restons disponible pour vous rencontrer de façon à organiser la suite de cette mobilisation.
Pour l’Appel des 39 – La nuit sécuritaire.
Hervé Bokobza - Yves Gigou - Serge Klopp - Claude Louzoun.
Le site : http://www.collectifpsychiatrie.fr/
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Programme de la deuxième Journée de
L’APPEL DES APPELS du
22 mars 2009
9 h – 9 h 30 Accueil des participants
9 h 30 – 10 h Paroles de bienvenue
-Dominique Voynet, maire de Montreuil,
-Stéphane Gatti, « La parole errante »
-introduction à la Journée : Laurie Laufer
10 h – 12 h 30 « EN RESISTANCE »
modérateurs : David de Pas et Marie-Laure Cadart
six séquences de 20’, suivies d’une 1/2 heure de débat :
— culture et médias
Marie-José Mondzain et invités
— champ social et solidarités
Michel Chauvière, Jacqueline Duchêne (MP4)
— les libertés publiques et la justice
Syndicat de la Magistrature
— évaluation, recherche et enseignement
l’Appel, SLR et invités
— santé, pratiques médicales et citoyenneté
André Grimaldi, Philippe Mangeot
— clinique, éthique et pratiques du soin psychique
Nathalie Georges, Pascale Giravalli
Possibilité de déjeuner sur place :
paniers–repas africains
Ouverture de l’après midi :
14 h – 15 h DES COMITES LOCAUX SE METTENT EN PLACE
modalités, perspectives, questions
(témoignages des Comités de Marseille, Rennes, Strasbourg,
Toulouse)
modérateurs : Laurent Le Vaguérèse et Marie-José del Volgo
15 h 15 – 16 h NORMALISATION, EVALUATION ET ENGAGEMENT
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exposé : Barbara Cassin et Roland Gori
puis débat avec Christian Laval, Louise L. Lambrichs,
Marie-José Mondzain, Nicolas Roméas, Karim Sarroub,
Charles-Yves Zarka.
modérateurs : Alain Abelhauser et Philippe Petit
17 h – 18 h LES CONVERGENCES avec l’Appel des appels
avec : Fondation Copernic / FNAREN / « Convergence » /
« Nous refusons une politique de la peur »
modérateurs : Pierre Tartakowsky et Isabelle This – Saint-Jean
18 h 15 – 18 h En guise de conclusion
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Échanges avec la salle, et clôture par Rémy Potier :
« Ce n’est qu’un début … »
Les temps de battement de l’après-midi seront consacrés à des lectures
effectuées par Jean-Damien Barbin.
Un espace sera dédié pendant tout la Journée
aux Comités locaux constitués, ou en cours de constitution.
Nous proposons à ceux qui souhaitent y figurer de prendre contact dès à présent
avec Marie-José del Volgo (mjd.cm@wanadoo.fr)
et Laurent Le Vaguérèse (appel@oedipe.org)
La librairie Lipsy
15, rue Monge
75 005 Paris
aura un stand et offrira ses services tout au long de la Journée
Les possibilités de restauration proches de La maison de l’arbre
étant très limitées le dimanche,
un plateau repas africain sera proposé pour 10 €.
Nous vous demandons de le réserver dès maintenant en indiquant
votre nom et le nombre de plateaux souhaités au
repas22mars@appeldesappels.org
L’accès à la Journée est libre ;
nous vous conseillons néanmoins de vous y inscrire, par mail uniquement, au
22mars@appeldesappels.org
Vous voulez soutenir l’Appel des appels ?
Il vous est possible pour cela d’adresser un chèque, du montant que vous
souhaitez, libellé à l’ordre de « Appel des appels – Syndicat de la
magistrature »
à l’adresse suivante :
Syndicat de la magistrature
Ollivier Joulin – Appel des appels
12 – 14, rue Charles Fourier
75 013 Paris
Guilhem bleirad propose les podcast des émissions de France Inter et France Culture
"Pour le téléchargement des émissions "les pieds sur terre" et "un temps de Pauchon" quand les délais sont passés, on peut aller sur mon site où je les ai mises à disposition : http://pagesperso-orange.fr/guilhem.bleirad/ Amitiés Guilhem
Les 20000 signataires de « L’appel des 39 » Etaient conviés à un meeting le samedi 7 février à « la parole errante » à Montreuil
C’est avec enthousiasme, attention et responsabilité que les participants ont écouté les 39 interventions proposées
UNE UNITE MASSIVE A ETE REALISEE CONTRE TOUS LES PROJETS
ACTUELS VISANT A LA DESTRUCTION DE LA PSYCHIATRIE
En effet : psychiatres, psychologues, infirmiers, éducateurs, psychanalystes se sont relayés à la tribune pour des interventions de haute tenue : démonstration, détermination, dignité ont été les maîtres mots de ce samedi historique
Historique fut aussi la présence de l’immense majorité des syndicats de psychiatres
Historique encore la présence de plus hauts responsables de partis politiques (PC,PS,NPA,PG), de tous les syndicats et associations (CGT,FO,SUD,SERPSY,CFDT)
Magistrale furent les interventions des représentants de familles(UNAFAM), de la justice (S.Portelli), de l’appel des appels (R.Gori), de J.Rallite (ancien ministre la santé), De présidents de conseils d’administration d’hôpitaux (D.Constant)
Réjouissante encore les interventions des internes et d’étudiants en psychologie, dénonçant les conditions de formations des futurs professionnels
C’est dans une atmosphère de détermination, de sérénité et d’engagement que tous ont réaffirmé leur refus total des mesures sécuritaires qui se mettent en place suite aux trop fameux « discours d’Antony »
A la tribune certains qui avaient cru être rassurés à la suite (entrevue chez le président de la république) ont affirmé qu’ils avaient été leurrés !
Ils ont également démontré les aspects iniques du rapport Couty qui propose des mesures en complète contradiction avec toute l’histoire de la psychiatrie française
Ils ont réaffirmé leur attachement profond à des valeurs qui fondent notre discipline dans le vote d’un manifeste qui ,s’appuyant sur notre conception de la folie et des soins, propose des modalités d’action a même d ‘organiser un puissant et profond mouvement
de résistance
Parmi les mesures d’action proposées :
-Que les 20000 signataires prennent la parole : en adressant personnellement une lettre au président de la république et au ministre de la santé
-- d’interpeller les préfets représentants de l’Etat chaque fois qu’une de leurs décisions concernant nos patients nous paraîtrait arbitraire.
- d’appeler à la création d’un collectif d’avocats pour défendre les droits des usagers.
- de refuser toute participation au processus de rétention administrative (de l’expertise à la création de centres).
- de refuser les modalités actuelles d’accréditation ou de les critiquer auprès des enquêteurs. L’accréditation, menée sous l’exclusive d’une évaluation telle qu’elle est pratiquée dans l’industrie et donc sans rapport avec nos pratiques, s’emploie à mettre celles-ci à la norme selon des critères où la complexité et la singularité de chacun n’auraient plus leur place et où la dimension relationnelle ne serait pas prise en compte.
- de refuser, chacun dans le champ de sa pratique, de participer aux diverses instances auxquelles nous participons aujourd’hui (action à laquelle appellent aussi la CPH et l’INPH)
-d’instituer un nouveau dialogue avec les familles.
-de lutter contre le projet de loi « Hôpital, Patient, Santé, Territoire »et de considérer l’intérêt des synergies avec « l’Appel des Appels », « la Politique de la Peur » et de participer donc activement aux Etats Généraux des Droits et des Libertés.
- de se retrouver dès le 14 mars pour un forum où d’une part ils feront le point sur les actions engagées et d’autre part approfondiront un thème de leur pratique
C’est avec conviction, énergie et nécessaire continuité que nous devons tous faire valoir l’essence même de notre refus et de notre projet :
UNE PSYCHIATRIE QUI ACCEUILLE ET SOIGNE DES ETRES MALADES ET NON DES MALADIES
Au meeting nous étions très nombreux, trop pour être compté un à un.
Entre 1500 et 2000 !!!
Nous avons choisi, nous étions : 1789
Notre mouvement a franchi une nouvelle étape : 1789 personnes ont adopté le manifeste
De l’appel des 39……. au manifeste 1789
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Patrick CHEMLA
LE MANIFESTE (le télécharger)
Un mouvement pour la psychiatrie.
Il y a quelques décennies Tosquelles disait : « sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît ». Pourtant, peu après le tournant du siècle, l’Etat, mettant en pièce le fondement démocratique de son assise, fit tomber sur le pays une lourde nuit sécuritaire laissant l’épaisseur de l’histoire ensevelir le travail de ceux, Bonnafé, Le Guillant, Daumézon, Tosquelles, Lacan, Paumelle, Lainé et d’autres, dont nos générations ont hérité du travail magnifique. Ils avaient fait de leur pratique œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant au peuple son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous.
Aujourd’hui cet obscurantisme affecte nos pratiques d’aide, de soin et de prendre soin dans les champs médicaux, médico-sociaux et sociaux et concerne aussi bien la pratique privée que publique.
Il porte gravement atteinte à la dignité des patients, réduits à n’être plus considérés que pour leur supposée dangerosité et voués en tant que tels à des contraintes humiliantes.
Le gouvernement s’attaque à l’enseignement, à la recherche et à la question de la formation, visant à effacer toute référence aux méthodes psycho dynamiques de soin et de compréhension du psychisme s’attelant à nier sans cesse la pensée, la parole et le sujet dans toute la dimension inconsciente qu’il comporte.
Il s’appuie pour mener son obscure entreprise sur un certain nombre d’ universitaires engagés dans une démarche d’épuration vis-à-vis de ceux qui se réfèrent à la leçon freudienne et sur certains organismes de recherche dévoyés dans une approche plus scientiste que véritablement scientifique, réduisant, en particulier les humains à leur comportement et leur souffrance à une collection de symptômes dont il faudrait, selon eux, venir à bout au plus vite sans jamais se questionner sur un sens du symptôme mais en abrasant tout délire, toute déviance à l’aide de puissants psychotropes.
C’est ainsi que dans une cascade de décrets et propositions, après avoir vu la psychanalyse gravement mise en cause dans un rapport scandaleux, il a été proposé l’inquisition d’éventuels signes de déviance chez les enfants de trois ans et moins, prédictifs de leur éventuelle délinquance à venir.
Puis il a été décidé de mettre en œuvre une « perpétuité sur ordonnance » chez les criminels condamnés à plus de 15 ans de réclusion en fin de peine du fait de leur « particulière dangerosité » et pour prévenir les récidives potentielles.
Enfin le 2 décembre 2008 le président de la République visitant un hôpital psychiatrique dont les malades étaient retenus dans leurs chambres (comme les manifestants de Saint Lô et de Nîmes furent exclus de l’accès du centre ville !) a annoncé la mise en place de réformes dramatiques. Celles-ci impliquent la mutation des professionnels du soin en gardiens, plus grave encore, elles induisent une évolution du statut de patient sujet de sa parole à celui de « schizophrène dangereux » juste bon à enfermer. Le préfet devient l’ordonnateur des soins « Les experts donnent leur avis mais la décision, ce doit être l’Etat » a déclaré N.Sarkozy à Antony.
Dans le même esprit la création d’une obligation de soins en ambulatoire est annoncée.
C’est ainsi que la plus haute autorité de l’Etat devant les soignants les représentants des patients et leurs familles a imposé cinq mesures liberticides, au prétexte de la réduction des risques non sans l’assentiment de certains.
L’enfermement est ainsi posé comme l’arme définitive contre une folie forcément dangereuse et « géo localisable » Pas un mot n’est dit sur la souffrance des patients, véritable enfermement intérieur, qui subissent au quotidien l’indifférence d’une société cherchant à se protéger ainsi de sa propre folie.
S’ajoute à ces mesures l’affirmation de la primauté du directeur de l’hôpital, véritable « patron », qui aurait seul le pouvoir d’orienter de décider de la politique de soins et de « sécurité ».
Enfin, nous avons aujourd’hui à déplorer les propositions du rapport Couty dans lequel nous voyons l’annonce de la destruction de la politique de secteur, nous laissant dans la position d’instruments d’un triple forfait auquel nous serions assignés : évaluer, expertiser et enfermer. Il est particulièrement instructif pour notre mouvement de remarquer que ce rapport ne tient aucun compte des vingt deux propositions issues des Etats Généraux de la Psychiatrie des 5, 6 et 7 juin 2003.
Trente neuf professionnels de plusieurs horizons, ont alors lancé un appel soutenu par plus de 19000 signataires, visant à restituer aux patients leur dignité, leur honneur à l’enseignement et à la recherche, leur éthique à nos pratique.
Miguel de Unamuno cité par L. Bonnafé prête à Don Quichotte d’être descendu aux enfers et d’y avoir enlevé l’inscription laissée par Dante : « vous qui entrez ici perdez tout espoir » pour la remplacer par une sur laquelle on pouvait lire : « vive l’Espérance ! »
Nous avons décidé de ne pas laisser l’air du temps saccager l’Espérance et considérant que ni les idées ni les lois ne sont forcément respectables ou légitimes nous nous donnerons tous les moyens de faire supprimer ou modifier ces dispositions sécuritaires ou d’en annuler l’effet sur la vie des patients comme sur l’expropriation progressive du droit de soigner dont nous refusons d’être les objets.
Face à la violence de l’Etat, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans nos métiers qu’à résister autant que possible. Nous affirmons donc ici notre ardente obligation à ne pas mettre en œuvre les propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables.
On observe aujourd'hui un recul des limites de l'Etat de droit (Juge Portelli, Appel des appels du 31 janvier), permis par le développement de l'idéologie sécuritaire par exemple, avec le projet de rétention de sûreté, "abjection philosophique et juridique" (Juge De Pas, Appel des appels ibid) ou avec le dépistage, dès l'enfance, des futurs délinquants, ou encore la prétention de "juger les fous", en mettant en avant une intention compassionnelle envers les victimes.
Refusant la résignation devant cette mutation idéologique, ne pouvant accepter de rester impuissants lorsque seront en jeu l'honneur et le bien-fondé de nos pratiques, considérant que « Ce qui fait l'injustice, ce n'est pas tant la loi injuste que l'obéissance à la loi injuste »,
nous proposons à ceux qui nous ont rejoints et à ceux qui le feront plus tard :
- d’interpeller les préfets représentants de l’Etat chaque fois qu’une de leurs décisions concernant nos patients nous paraîtrait arbitraire.
- d’appeler à la création d’un collectif d’avocats pour défendre les droits des patients.
- de refuser toute participation au processus de rétention administrative (de l’expertise à la création de centres).
- de refuser les modalités actuelles de certification ou de les critiquer auprès des enquêteurs. La certification, menée sous l’exclusive d’une évaluation telle qu’elle est pratiquée dans l’industrie et donc sans rapport avec nos pratiques, s’emploie à mettre celles-ci à la norme selon des critères où la complexité et la singularité de chacun n’auraient plus leur place et où la dimension relationnelle ne serait pas prise en compte.
- de refuser, chacun dans le champ de sa pratique, de participer aux diverses instances auxquelles nous participons aujourd’hui (action à laquelle appellent aussi la CPH et l’INPH)
-d’instituer un nouveau dialogue avec les familles et avec les associations d’usagers.
-de lutter contre le projet de loi « Hôpital, Patient, Santé,Territoire »et de considérer l’intérêt des synergies avec « l’Appel des Appels », « la Politique de la Peur » et de participer donc activement aux Etats Généraux des Droits et des Libertés.
- tirant les leçons d’années où nous nous sommes montrés trop soumis à un discours sur la psychiatrie dans lequel nous ne nous reconnaissions pas, nous proposons enfin que se crée partout un vaste mouvement de mise en lien de nos références théoriques, de nos orientations, de notre expérience, grâce à un Forum Itinérant dont la réunion du 26 janvier à Reims a constitué les prémisses, traitant thème par thème des grandes questions qui traversent nos métiers. Des collèges locaux de réflexion tels que ceux proposés par J. Oury pourraient permettre d’en préparer le déroulement.
Nous vous convions aujourd’hui à créer ce mouvement pour tenter de refonder une psychiatrie où il ne serait pas interdit de penser, au sens où, comme le dit Jean Luc Nancy « entrer dans cette pensée, c’est agir déjà. C’est être dans la praxis par laquelle se produit un sujet transformé plutôt qu’un produit conformé, un sujet infini plutôt qu’un objet fini »
Votre réponse massive à l’appel des 39 comme le nombre d’inscrit au meeting du 7 février laissent bien augurer de notre capacité à créer ce mouvement qui devra devenir un interlocuteur majeur dans les rudes combats qui nous attendent.
La psychiatrie organise la résistance à l'enfermement des malades
La psychiatrie organise la résistance à l'enfermement des malades
Mediapart.fr
Il ne sera pas question de psychiatrie dans la réforme de l'hôpital examinée en urgence à l'Assemblée à partir du mardi 10 février. Du coup, cela laisse un petit peu de temps aux professionnels pour s'organiser et préparer leur riposte au discours de Nicolas Sarkozy du 2 décembre dernier, résumant les besoins de la psychiatrie à un arsenal de dispositions favorisant l'enfermement et la surveillance des malades.
Un petit peu de temps pour répondre à «l'ignominie d'un discours» qui selon le psychiatre Guy Baillon, «s'est servi d'un crime d'un seul pour criminaliser tous nos patients».
Un peu de temps pour préparer la risposte à la loi qui sera proposée au printemps.
Déjà, samedi 7 février, à Montreuil (93), au meeting de «La nuit sécuritaire» – cette pétition, mise en ligne par un collectif de 39 professionnels et qui recueilli plus de 20.000 signatures –, plus de 1.500 professionnels de la psychiatrie (médecins, infirmiers, travailleurs sociaux...) ont affirmé leur mobilisation face aux «rudes combats» qui les attendent.
D'ores et déjà, et confortée par le soutien de Dominique Voynet (Verts), Jack Ralite et Nicole Borvo (PC), Mireille Le Corre (PS) présents dans la salle, une délégation devrait être présente le 14 mars au Parlement, auprès de députés et sénateurs afin de se «donner tous les moyens de faire supprimer ou modifier les dispositions sécuritaires ou d'en annuler les effets». Le 12 février aussi, ils appellent à manifester contre la loi Bachelot, tout comme ils l'avaient fait le 29 janvier dernier sous la banderole «Nous sommes tous des schizophrènes dangereux».

Mais au quotidien, les premiers gestes de «résistance» apparaissent et sont appelés à s'étendre. Tout comme certains enseignants affichent publiquement leur «désobéissance» aux réformes de leur ministre, les psychiatres sont invités à poursuivre l'initiative du docteur Michaël Guyader, chef de service dans l'Essonne, qui le 8 décembre prévint dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy qu'il ne mettrait pas «en œuvre [ses] propositions dégradantes d'exclure du paysage social les plus vulnérables [car] Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine».
Plus concrètement encore, les préfets, en tant que représentants de l'Etat et futurs «ordonnateurs des soins selon les vœux du président», devraient être interpellés «chaque fois qu'une de leurs décisions» concernant les patients paraîtra «arbitraire» aux soignants. Ainsi, lorsqu'un préfet refusera de laisser sortir un patient interné à l'hôpital en contradiction avec l'avis de l'équipe soignante (comme ce fut le cas en décembre dernier à Marseille et comme «cela se produit de plus en plus souvent», note Olivier Boitard), il lui sera demandé les critères qui fondent sa décision. Comment évalue-t-il, lui, la dangerosité d'un patient? Et, pour défendre les droits des patients, un collectif d'avocats sera mis sur pied.
Combien se cote un sourire?
Au sein de l'hôpital, il est demandé aux personnels de refuser les crédits déjà alloués pour favoriser les mesures d'enfermement et «demander à la place des pinces et marteaux pour briser les bracelets électroniques ou les serrures des chambres», a suggéré samedi un orateur.
Les participants au meeting ont aussi décidé de refuser ou de systématiquement critiquer les procédures d'évaluation des pratiques «où l'on parle de normes telles qu'on les pratique dans l'industrie mais où la complexité et la singularité de chacun n'ont pas de place et où la dimension relationnelle n'est pas prise en compte». Ainsi le docteur Hervé Bokobza, chef de service à Montpellier, a lu le discours qu'il fit devant «ces accréditateurs qui nous ont empoisonné l'existence pendant trois jours, exigeant que nous bouleversions tous nos soins» pour répondre aux questions. Il leur a dit qu'«ils étaient venus pour nous évaluer sans nous offrir le loisir de leur exposer nos valeurs». Car, «dans la novlangue des accréditateurs, un sourire ne se cote pas», a expliqué un autre psychiatre.
Ce samedi, il ne fut donc pas question de moyens mais d'éthique. Même si chacun de ces professionnels connaît les difficultés de l'exercice de leur métier (plus de 25.000 lits supprimés en dix ans, quelque 800 postes de médecins non pourvus, disparition du diplôme d'infirmier psychiatrique et réforme de l'internat), c'est la dignité même de leur métier qu'ils sentent aujourd'hui menacée. «Continuer à soigner les patients avec dignité, apparaîtra bientôt comme une forme de résistance», a constaté le psychiatre et psychanalyste Franck Chaumon.
Refusant d'être des «gardiens» ou des «experts» au service de la justice, «tirant les leçons d'années où nous nous sommes montrés trop soumis à un discours sur la psychiatrie dans lequel nous ne nous reconnaissons pas», ils proposent un travail de sape systématique pour tenter de «percer une brèche» dans les certitudes du discours normatif et sécuritaire.
Et pour cela, parallèlement, ils veulent aussi se donner le temps: après une première étape à Reims, un forum itinérant permettant de rappeler leurs «références théoriques», de repenser leurs «orientations», de partager leurs «expériences», s'arrêtera à Paris le 14 mars et à Montpellier le 15 mai.

Samedi 7 février, à Montreuil
Montpellier où justement s'étaient déroulés en juin 2003 les Etats généraux de la psychiatrie. En trois jours, plus de 2000 professionnels avaient identifié 22 mesures urgentes pour refonder leur discipline: réforme des études, reconnaissance de l'enseignement de la psychanalyse, articulation avec le social et le médico-social..., nulle part il n'était question de chambre d'isolement, de bracelet électronique ou de surveillance.
Samedi 7 février, les participants au meeting espéraient pouvoir encore s'appuyer sur ce diagnostic vieux de plus de cinq ans pour pouvoir mobiliser rapidement. Même s'ils savent, comme l'a rappelé Pierre Delion, responsable d'un service infanto-juvénile à Lille qu'«il faut du courage pour ne pas hurler avec les loups sur le malade dangereux».
Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/sophie-dufau
[2] http://www.serpsy.org/humeurs/sarko.html
[3] http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/161208/la-nuit-securitaire
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/061208/les-profs-informent-darcos-de-leur-desobeissance
[5] http://www.serpsy.org/actua_08/guyader.html
[6] http://www.mediapart.fr/journal/france/030209/une-loi-reformant-la-psychiatrie-avant-l-ete
[7] http://www.serpsy.org/montpellier/eg3.html
Chers amis,
Canal plus nous a fait faux bond la semaine dernière, mais France Culture tient ses promesses (enfin nous verrons) :
Lundi à 13H30 , l'émission "Les pieds sur terre" sera consacrée à la psychiatrie avec entre autres un enregistrement au centre Artaud à Reims
Patrick Chemla
NB: ceux qui comme moi travaillent à cette heure là peuvent écouter l'émission sur le site le soir .....
L'Appel des Appels
à signer sur http://www.appeldesappels.org/
« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.
A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.
Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.
Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.
Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris. »
Le 22 décembre 2008,
Roland Gori et Stefan Chedri
Lire ou télécharger le compte rendu du 31/01/09par Nathalie PLET
LA NUIT SECURITAIRE
au crépuscule de la psychiatrie
Voici un article qui a l'immense mérite de faire la clarté sur la pseudo dangerosité des malades mentaux (quasiment comparable à celle des titulaires du permi de conduire), mais également sur le dévoiement - par la logique économique libérale - du mouvement de fermeture des lits des hôpitaux psychiatriques.
S Klopp
Analyse
Psychiatrie : la régression sécuritaire, par Cécile Prieur
LE MONDE | 05.12.08 | 13h39 • Mis à jour le 05.12.08 | 13h39
amais un hôpital psychiatrique n'avait encore reçu un président de la République en ses murs : la visite de Nicolas Sarkozy, mardi 2 décembre, au centre hospitalier spécialisé d'Antony (Hauts-de-Seine) devait donc faire date. Elle restera effectivement dans les annales mais comme un point de rupture, un moment de fracture entre la communauté médicale et les pouvoirs publics. Annonçant la multiplication des moyens d'enfermement au sein des établissements et un durcissement des conditions de sortie des patients hospitalisés d'office, le chef de l'Etat a surpris et choqué les professionnels du soin : l'ensemble des organisations publiques représentatives des psychiatres a dénoncé "une approche exclusivement sécuritaire de la psychiatrie, qui apparaît comme une régression inacceptable".
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Alors que la psychiatrie publique traverse une crise profonde - crise de moyens, d'identité et de valeurs -, le discours de M. Sarkozy paraît au mieux inadapté, au pire dangereux. Prononcé trois semaines après le meurtre, le 12 novembre, d'un jeune homme par un patient schizophrène échappé de l'hôpital psychiatrique de Grenoble, il tourne le dos à toute amélioration de la prise en charge sanitaire pour ne retenir que des solutions de type carcéral : création d'unités fermées avec vidéosurveillance, multiplication des chambres d'isolement, pose de bracelet GPS aux patients en promenade, sorties décidées par les préfets après avis d'un collège de trois professionnels du soin au lieu d'un seul aujourd'hui... On ne saurait mieux faire passer le message que tout patient hospitalisé sous contrainte est un individu dangereux dont la société doit se prémunir.
La réalité est tout autre. Les 600 000 personnes souffrant de schizophrénie sont bien moins meurtrières, en proportion, que les amants jaloux ou les délinquants notoires. En 2005, sur 51 411 mis en examen dans des affaires pénales (crime ou délit), 212 ont bénéficié d'un non-lieu pour irresponsabilité pour cause psychiatrique, soit 0,4 % de l'ensemble Aucune étude n'a prouvé scientifiquement que les malades mentaux seraient plus dangereux que la population générale. Mais il est démontré qu'ils sont les premières victimes des faits de violence, à cause de la stigmatisation dont ils font l'objet : selon le rapport de la commission "Violence et santé mentale" de l'anthropologue Anne Lovell, publié en 2005, la prévalence des crimes violents envers les patients en psychiatrie est 11,8 fois plus importante que par rapport à l'ensemble de la population ; celle des vols sur personnes est 140 fois plus élevée.
Multiplier les mesures d'enfermement au sein des hôpitaux psychiatriques pour se prémunir contre la violence éventuelle de malades mentaux est de toute façon illusoire : en psychiatrie encore moins qu'ailleurs, le risque zéro ne peut exister. Sauf à vouloir éradiquer la maladie mentale, abomination que seul le régime nazi a tentée, aucun psychiatre ne peut certifier qu'un individu ayant fait preuve de dangerosité ne commettra pas un nouvel acte violent un jour. Au contraire, la prise de risque est consubstantielle à la psychiatrie, elle est la condition même du soin. Même sous la contrainte, le traitement ne peut s'envisager que dans une perspective d'amélioration du patient : ce qui implique, si son état le permet, qu'il puisse progressivement retourner dans la cité et que les mesures attentatoires à sa liberté soient levées.
Il est en effet possible de soigner les malades mentaux dignement et de tenter de les réinsérer dans la société, sans avoir recours à des mesures aveugles d'éviction. Depuis la révolution aliéniste impulsée par Philippe Pinel en 1792, qui a symboliquement libéré les malades mentaux de leurs chaînes, à l'hôpital Bicêtre, c'est tout le sens de la démarche psychiatrique, qui tente de concilier les impératifs de sécurité avec les nécessités de soin. Grâce à l'invention des neuroleptiques dans les années 1950, les psychiatres et leurs malades ont pu progressivement s'ouvrir à la cité, s'insérer dans le tissu social, changer progressivement le regard de la société sur la folie. Depuis la création du secteur dans les années 1960, la France s'est engagée dans un mouvement de déinstitutionnalisations, visant à fermer progressivement les grands asiles.
UNE VOLONTÉ AVEUGLE D'ÉCONOMIES
Une politique de création des structures d'enfermement dans les établissements viendrait contredire ce mouvement en reconstruisant les murs au sein de l'hôpital. A moins qu'elle ne vienne parachever un mouvement de casse de la psychiatrie que dénoncent depuis plusieurs années les professionnels du soin. Focaliser sur les questions de sécurité a en effet un grand mérite : cela permet de ne pas s'attarder sur la grave crise que traverse cette spécialité et qui mine les pratiques soignantes. Depuis dix ans, la psychiatrie s'enfonce ainsi dans la paupérisation, dans l'indifférence polie des pouvoirs publics.
La politique de fermeture des lits - 50 000 en vingt ans - justifiée au départ par un souci d'ouverture de l'hôpital à la cité a été poursuivie avec une volonté aveugle de faire des économies. La pénurie de personnel médical - environ un millier de postes sont vacants sur 4 500 psychiatres publics - et la perte de savoir-faire infirmier depuis la fin de leur formation spécifique en psychiatrie ont transformé les hôpitaux en lieux de passage, qui n'accueillent plus que les patients en crise.
A peine stabilisés, les patients sont poussés vers la sortie : beaucoup d'entre eux, notamment les schizophrènes qui se sont marginalisés de leur famille, échouent dans la rue, faute de places suffisantes dans des structures relais à l'hospitalisation. Ces laissés-pour-compte trouvent de plus en plus un refuge paradoxal en prison, où ils sont incarcérés après avoir commis des délits sur la voie publique. Selon une étude menée en 2004, un détenu sur quatre présenterait des troubles psychotiques. Inimaginable il y a encore quelques années, la trilogie hôpital psychiatrique-rue-prison s'est ainsi installée dans le paysage de la santé mentale.
Rien ne devrait atténuer ce sombre tableau dans les prochaines années. Au contraire, les préoccupations essentiellement sécuritaires de M. Sarkozy en matière de psychiatrie ne devraient qu'accentuer la tendance à la pénalisation de la folie. Tout se passe comme si l'on cherchait à dénier à la psychiatrie sa fonction soignante et à lui assigner un autre rôle, celui d'enfermer et de surveiller. Peu à peu, les frontières se brouillent entre l'hôpital et la prison : la prise en charge des malades mentaux, elle, reste hors sujet.
Courriel : prieur@lemonde.fr.
Cécile Prieur Article paru dans l'édition du 06.12.08

Communiqué de presse
:
C’est avec consternation que l’AFPEP-SNPP a pris connaissance de l’intervention du Président de la République sur la psychiatrie à Antony. Nous restons scandalisés devant tant de déni, de démagogie et d’ignorance.
- > Pas un mot sur la dégradation programmée ces dernières années des conditions de travail en psychiatrie : manque de lits pour accueillir dignement les malades et manque de personnel qualifié pour les soigner efficacement avec des conditions de travail décentes.
- > Pas un mot sur l’immense majorité des malades mentaux en mal de soin qui se retrouvent abandonnés dans les rues ou en prison.
- > Seule une soi-disant sécurisation contre-productive, basée sur des réactions primaires, a droit à son attention faisant fi de la législation existante et des débats approfondis qui ont eu lieu depuis 1838 entre des personnalités compétentes sur cette question complexe.
Nous sommes indignés qu’un pouvoir politique qui a laissé s’aggraver les conditions de précarité en psychiatrie, mette ainsi en danger le lien entre les citoyens en s’appuyant sur la peur de l’autre, dont celle, injustifiée, des malades mentaux ainsi stigmatisés ; nous rappelons qu’à l’évidence, ce qui soigne de manière préventive et curative se nourrit justement de ce lien alors que la peur engendre la méfiance, le repli sur soi, l’agressivité et la violence.
Quel mépris pour la commission Couty qui a mobilisé tant d’acteurs de la Psychiatrie depuis juillet à l’initiative de la Ministre ! Ces professionnels se trouvent bafoués en quelques minutes par un discours arrogant laissant croire que quelques mesures techniques simplistes, rétrogrades et dégradantes pourraient résoudre une question humaine aussi délicate.
En ce jour du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits humains, l’AFPEP-SNPP s’engage à soutenir cette levée de boucliers devant la véritable provocation que constituent les propos intolérables du Chef de l’État
Paris le 10 décembre 2008
Tribune libre - Article paru le 13 décembre 2008 l’Humanité des débats:
Docteur Michaël GUYADER
Chef de service du 8ème secteur
De psychiatrie générale de l’Essonne,
Psychanalyste.
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de son discours du 2 décembre 2008 à l’hôpital Erasme d’ANTONY concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie.
Etampes, le 8 décembre 2008
Monsieur le Président,
Eluard écrit dans Souvenirs de la Maison des Fous « ma souffrance est souillée ».
Après le meurtre de Grenoble, votre impatience à répondre dans l’instant à l’aspiration au pire, qu’il vaudrait mieux laisser dormir en chacun d’entre nous, et que vous avez semble t-il tant de difficulté à contenir, vous a amené dans votre discours du 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony à souiller la souffrance de nos patients.
Erasme, l’auteur de « L’Eloge de la Folie » eut pu mieux vous inspirer, vous qui en un discours avez montré votre intention d’en finir avec plus d’un demi siècle de lutte contre le mauvais sort fait à la folie : l’enfermement derrière les hauts murs, lui appliquant les traitements les plus dégradants, leur extermination en premier, quand la barbarie prétendit purifier la race, la stigmatisation au quotidien du fait simplement d’être fou.
Vous avez à Antony insulté la mémoire des Bonnafé, Le Guillant, Lacan, Daumaison et tant d’autres, dont ma génération a hérité du travail magnifique, et qui ont fait de leur pratique, œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant à la population son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous. Lacan n’écrit-il pas « l’homme moderne est voué à la plus formidable galère sociale que nous recueillions quand elle vient à nous, c’est à cet être de néant que notre tâche quotidienne est d’ouvrir à nouveau la voie de son sens dans une fraternité discrète, à la mesure de laquelle nous sommes toujours trop inégaux ».
Et voilà qu’après un drame, certes, mais seulement un drame, vous proposez une fois encore le dérisoire panégérique de ceux que vous allez plus tard insulter leur demandant d’accomplir votre basse besogne, que les portes se referment sur les cohortes de patients.
De ce drame, vous faites une généralité, vous désignez ainsi nos patients comme dangereux, alors que tout le monde s’entend à dire qu’ils sont plus vulnérables que dangereux.
Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ?
Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion.
Vous venez de finir d’ouvrir la boîte de Pandore et d’achever ce que vous avez commencé à l’occasion de votre réplique aux pêcheurs de Concarneau, de votre insulte au passant du salon de l’agriculture, avilissant votre fonction, vous déprenant ainsi du registre symbolique sans lequel le lien social ne peut que se dissoudre. Vous avez donc, Monsieur le Président, contribué à la destruction du lien social en désignant des malades à la vindicte, et ce, quelques soient les précautions oratoires dont vous affublez votre discours et dont le miel et l’excès masquent mal la violence qu’il tente de dissimuler.
Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre.
Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible.
J’affirme ici mon ardente obligation à ne pas mettre en œuvre vos propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables.
Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, la très haute considération que je porte à votre fonction.
Docteur Michaël GUYADER
Chef de service du 8ème secteur
De psychiatrie générale de l’Essonne,
Psychanalyste.
Après le discours du 2 décembre 2008
Politique de la peur

Les annonces de Nicolas Sarkozy le 2 décembre au centre hospitalier spécialisé Erasme à Antony sont dans une remarquable continuité avec ses différentes décisions prises depuis l’époque où il était ministre de l’intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté1, le fichier Edvige, et maintenant dans une loi sur l’hospitalisation psychiatrique.
L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une dangerosité potentielle, et s’inscrit dans un ensemble liberticide.
Depuis environ 3 ans, à chaque victime exemplairement médiatisée répond une nouvelle loi répressive.
Logique démagogique qui ose avec arrogance déclarer neconnaître que les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des « autres » à leur dangerosité.
Logique de juriste besogneux qui se doit d’étalonner le droit à une justice d’élimination.
Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades,désignés potentiellement dangereux.
Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n’est ni définie, ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent.
Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d’un risque. A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d’un système de défense sociale —historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens (Allemagne, Belgique, Italie,Pays Bas, …)— à côté d’un système de soins psychiatriques « civil », mais dans le formatage d’une flic-iatrie dans les murs d’un asile d’aliénés post-moderne comme dans la ville.
Sur ce point, nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations, les associations de patients et ex-patients.
Le projet du président de la République n’est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui au plan des soins se résumerait à l’injection bimensuelle ou mensuelle d’un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d’un thymorégulateur, et qui au plan de la liberté individuelle placerait le sujet sous un régime de la liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique, … ; tout cela sous l’égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique … et de la famille.
Pourquoi alors pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ?
Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l’obligation (pour lui et son entourage) d’accueillir, d’écouter, de prendre soin, de soigner, d’accompagner un sujet souffrant, c’est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d’individu social, et de sujet de droit ?
Disons aussi clairement aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l’Etat à sa ministre de la santé pour son projet de loi HSPT (hôpital, santé, patients et territoire), son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu’il n’y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social.
De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste dans la communauté comme les textes sur la nouvelle gouvernance le laissaient prévoir.
Que de vigilance obligée, que d’énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable.
Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d’isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance.
Pour les personnes qui seront soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint (et elles seront beaucoup plus nombreuses que les « sorties d’essai » prévues par la loi du 27 juin 1990) :
Pour faire quoi et comment en dehors de la contrainte à la compliance des patients et d’une carcéralité ambulatoire, y compris pour des personnes n’ayant jamais fait l’objet d’une mesure de placement? Quels seraient les critères pour prendre une telle mesure ?
La question de la levée d’une telle mesure fait également problème : la guérison ?
Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu’il n’y a pas à assimiler crime ou délinquance et « maladie mentale », dangerosité et « maladie mentale », nous blesse professionnellement et politiquement au regard des décades de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale.
Que nous soyons contraints de répéter qu’il n’y a pas de risque zéro, que les politiques dites de « tolérance zéro » (pas davantage que les politiques de « défense sociale ») n’éliminent la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions —loi d’attaque sociale après loi d’élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières ou politiques— au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : Le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus (in Les origines du totalitarisme).
Le type de pouvoir exécutif à l’oeuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l’excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n’est même plus excusé en tant que « bavures » ; au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l’Etat.
La banalité du mal s’installe en même temps que les scandales s’accumulent : pour les « sans papiers », il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que « justice soit faite », il faut l’affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour sdf récalcitrants.
Il ne s’agit donc guère de sagesse populaire et de vertu républicaine, mais bien d’une idéologie populiste et d’une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation.
Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique.
Nous déclarons que nous continuerons d’y résister concrètement et solidairement.
Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d’un front du refus.
Signataires (à la date du 9 décembre 2008) :
Sophie Baron – Laforet, psychiatre praticien hospitalier, vice-présidente de
l’ARTASS
Francine Bavay, vice présidente de la région Ile de France en charge des solidarités et
du développement social -les Verts
Alain Buzaré, psychiatre praticien hospitalier, Angers
Alain Chabert, psychiatre responsable de service, ChambéryFranck Chaumon, psychiatre praticien hospitalier, psychanalyste, Paris
Jean Danet, universitaire, Nantes
Gilles Devers, avocat, LyonClaude Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, Université Paris VII
Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme
Hélène Franco, secrétaire générale du syndicat de la magistrature, juge pour enfants
à BobignyDominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé
Jean Furtos, psychiatre responsable de service, Directeur scientifique de l’ORSPERE
/ ONSMPClaire Gekiere, psychiatre responsable de service, Union Syndicale de la Psychiatrie
Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris
Pénélope Komites, adjointe au maire du XIIème arrondissement en charge de
l’action sociale – les Verts
Anik Kouba, psychologue clinicienne, Clichy sous bois-Montfermeil, CEDEP
Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse
Jean Claude Laumonier, responsable santé de la LCR, cqdre de santé retraité
Christian Laval, sociologue, Lyon
Anne-Marie Leyreloup, présidente du Serpsy
Claude Louzoun, psychiatre praticien hospitalier, président du CEDEP ; Union
syndicale de la psychiatrie
Jean-Pierre Martin, psychiatre praticien hospitalier, vice-président du CEDEP ;
Union syndicale de la PsychiatrieJacques Michel, professeur à l’Institut des sciences politiques, Lyon
Marie Napoli, présidente de l’Union Syndicale de la psychiatriePierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille
Serge Portelli, vice-président du tribunal d’Evry, syndicat de la magistrature
Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy
Pauline Rhenter, politologue, Groupe de recherches en sciences sociales Ville et
santé mentale, Paris
Jean Vignes, secrétaire Fédération Sud santé sociaux
Contact : cedep.paris@wanadoo.fr
Roselyne TOUROUDE
Bénévole UNAFAM-Yvelines Le 15 décembre 2008
Monsieur le Président,
Je voudrais par ce présent courrier me faire l'écho de l'émotion et de l'inquiétude ressenties par de nombreuses personnes malades psychiques et familles suite au discours prononcé le 2 décembre 2008 par le Président de la République à Antony.
Notre société est très dure, parfois inhumaine avec la maladie psychique :
20% des 600 000 personnes souffrant de schizophrénie sont désocialisées, des milliers d'entre elles à la rue, d'autres en prison (15 à 20% des détenus).
Accepterait-on cette situation intolérable avec tant d'indifférence s'il s'agissait d'une autre maladie ou d'un autre handicap?
Ne pensez-vous pas que ce discours stigmatisant ces maladies psychiques ne fera qu'aggraver les choses ?
Force est de constater la volonté politique récurrente d'assimiler les malades psychiques à des délinquants en puissance.
Notre inquiétude est donc très vive par rapport aux textes de loi à venir.
Et nous sommes choqués que le drame de Grenoble soit exploité pour servir une cause ultra-sécuritaire.
Je dois parler également de l'incrédulité voire du désarroi à la lecture, Monsieur le Président, de votre communiqué de presse du 5 décembre 2008, perçu comme approuvant dans son ensemble la teneur de ce discours.
Nous sommes donc très préoccupés.
Comment ne pas déplorer cette terrible stigmatisation des maladies psychiques assénée par Monsieur Sarkozy devant une assemblée de professionnels du soin et d'associations d'usagers, cette pénalisation des malades qui les assimile à des criminels en puissance, dont il faut «protéger nos concitoyens» ? Les malades psychiques ne sont-ils déjà plus nos concitoyens ? Sont-ils déjà mis au ban de notre société ?
Comment ne pas regretter que les réformes et les crédits annoncés ne visent aucunement à améliorer la qualité des soins apportés par le secteur mais seulement à renforcer l'aspect carcéral de la psychiatrie: enfermement, sécurité renforcée, contrainte, obligation de soins, bracelets de géolocalisation, fichier central des HO, systèmes de vidéo surveillance et autres chambres d'isolement...?
Enfin, Monsieur Sarkozy égrène toutes ces mesures de sécurité... mais quid des difficultés de l'accès au soin, de la qualité du soin lui-même et tout aussi important de l'accompagnement des personnes hors les murs de l'hôpital...?
Nous l'entendons bien nous répéter que son «devoir est de protéger la société et nos compatriotes»,
mais alors qu'en est-il de ce même devoir de protéger les dizaines de milliers de nos concitoyens souffrant de troubles psychiques, désocialisés, abandonnés à leur détresse et à leur souffrance,ne relevant pas d'un enfermement mais d'une continuité de soins, d'un accompagnement social et médico-social leur permettant de vivre ?
Rien, pas un mot, ils sont niés dans leur existence même.
La reconnaissance du handicap psychique fut un espoir pour un meilleur accompagnement.
Et là ce sont les besoins et attentes des personnes qui sont au coeur des préoccupations.
Dans les MDPH nous constatons le nombre impressionnant de dossiers de handicap psychique et l'immensité des besoins exprimés, pas toujours satisfaits.
Aux côtés des soignants, le monde associatif est sollicité pour répondre à la création de services et structures sociales et médico-sociales.
Et les besoins de financement dans ces deux secteurs sont énormes.
A ce sujet, nous sommes nombreux à espérer un partenariat de l'UNAFAM avec la Fédération Nationale des Associations Gestionnaires pour l'Accompagnement des Personnes Handicapées Psychiques, l'AGAPSY.
Cela ne pourrait que renforcer les actions des uns et des autres pour la mise en oeuvre de ces mesures d'accompagnement, d'hébergement, d'insertion, nous semble-t-il.
Nous, adhérents, bénévoles de l'UNAFAM travaillons sans cesse à défendre les intérêts des plus vulnérables, à déstigmatiser les maladies psychiques, à faire naître «un autre regard» afin que la dignité de toutes les personnes malades ou handicapées soit respectée.
Je ne vois pas cet «autre regard» dans le discours présidentiel où la maladie psychique est uniquement traitée par le biais réducteur de la dangerosité de certains.
«L'hôpital psychiatrique» et le renforcement des règles de sécurité sont le leitmotiv du discours.
J'avais compris qu'à l'Unafam la problématique de la maladie psychique était abordée sous l'angle de l'accès au soin, la proximité et la continuité du soin, l'alliance thérapeutique, les réponses ambulatoires, l'accompagnement spécialisé, le respect des êtres.
Nous sommes là confrontés à un autre registre.
En cette heure grave, nous attendons que l'UNAFAM réaffirme ses valeurs, ses positions.
Vous comprenez aisément pourquoi le communiqué de presse de l'UNAFAM du 5 décembre a
consterné nombre d'entre nous.
Signe-t-il un soutien de l'UNAFAM à la teneur de ce discours, à l'orientation donnée à la «prise en charge des troubles psychiques», une adhésion à toutes ces réformes annoncées ?
Des questions éthiques fondamentales sont posées.
Une réflexion, un débat dans l'association autour des questionnements que soulèvent ce discours et les orientations qu'il annonce sont souhaitables rapidement.
Le Bureau de l'UNAFAM doit apporter des réponses claires à ces questions afin que chaque adhérent puisse se positionner en toute connaissance de cause.
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes cordiales salutations.
Roselyne TOUROUDE
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